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Maternité et Trisomie : Le combat quotidien de Mme Agbassi Tatchein

Présidente de l’Association mères amis des enfants trisomiques (AMAETRI), Mme Agbassi Tatchein est également la maman d’un enfant trisomique, une responsabilité pas toujours facile pour une mère qui travaille. Rencontrée au CHU Campus, Mme Tatchien lève le voile sur les défis d’une mère conciliant vie professionnelle et handicap, entre amour inconditionnel et sacrifices de carrière.

Pourriez-vous vous présenter et nous parler de votre cellule familiale ?

Je suis Mme Agbassi Tatchein, mère de 5 enfants, dont l’un vit avec la Trisomie.  Ce n’est pas du tout facile. C’est l’unique fille de la famille qui est trisomique. Et elle est mon deuxième enfant.

Comment est-ce que vous arrivez à vous organiser pour apporter l’attention nécessaire à votre fille et, en même temps, tenir vos responsabilités professionnelles au quotidien ?

Franchement, je tiens à saluer toutes les mamans qui se battent sur ces deux fronts car, ce n’est pas facile. Le handicap impose un rythme soutenu : se lever très tôt, assister l’enfant dans son autonomie et ses besoins vitaux, tout en veillant à être ponctuelle au service. Sans un entourage solide pour vous encourager, la pression familiale et professionnelle peut mener au point de rupture.

Votre fille a fêté ses 18 ans en janvier dernier. Quels sont les moments les plus difficiles que vous traversez ?

Toutes les nuits, je dois de temps en temps la réveiller pour qu’elle fasse ses petits besoins. Donc, je dors moins la nuit et le lendemain, je dois être à l’heure au service. C’est ça mon vécu, au quotidien.

C’est une grande fille avec l’intelligence d’un enfant, malheureusement. Mais les moments les plus difficiles ont surgi avec la puberté, vers 14 ou 15 ans. Et aujourd’hui, l’inquiétude est constante, au point d’impacter ma propre santé.

Avec le manque de servante à la maison pour l’assister alors que je suis au service, la panique est à son comble, quand je l’imagine seule à la maison et que je me dis que quelqu’un pourrait sauter par-dessus le mur… ! Je crains en réalité, pour sa sécurité.

Sans soutien, c’est effectivement un défi, et cela peut vous affecter…

Ma mère a été mon pilier, quand elle était valide, car je ne sentais pas le poids du handicap. Elle s’occupait merveilleusement de sa petite-fille, lui apprenant même des gestes du quotidien comme décortiquer le sésame. Maintenant qu’elle a vieilli, je mesure pleinement la réalité de la situation.

Heureusement, je n’ai ressenti aucune discrimination du côté de ma belle-famille et mon époux, ce qui est un grand soulagement. J’évite également de prêter l’oreille aux médisances et rumeurs pour me préserver.

Le handicap de votre enfant a-t-il freiné vos ambitions professionnelles ?

Absolument. À un moment, j’avais repris des cours du soir pour évoluer, mais j’ai dû abandonner pour rester auprès de ma fille. Aujourd’hui, mes anciens collègues sont mes chefs. Mais je ne nourris aucun regret. Il fallait choisir : obtenir des diplômes ou s’occuper de ma progéniture. À quoi me sert un titre si mon enfant est délaissé ?

Malgré ces épreuves, vous affirmez que votre fille a été une source d’inspiration…

Oui ! C’est en lui donnant de l’amour que j’ai découvert son potentiel. C’est elle qui m’a inspiré l’idée de créer un pressing. En la voyant ramasser les vêtements de ses petits frères, j’ai eu le déclic pour cette activité génératrice de revenus. Elle m’a montré le chemin.

Quel message souhaitez-vous adresser aux mères d’enfants handicapés en ce mois de la femme ?

Beaucoup de courage à toutes ces femmes mères d’enfants trisomiques ou d’enfants handicapés. Je profite pour leur dire d’être très fortes, puisque nous devons être en vie pour subvenir aux besoins de ces enfants, d’être fortes, engagées et surtout, de couvrir ces enfants d’amour. C’est cet amour qui les révèle. Soyez courageuses, regardez devant vous. Dieu récompense toujours ces efforts à travers vos autres enfants. 

Pour clore cet entretien, auriez-vous un mot à l’endroit des autorités ?

Je remercie l’État pour les efforts déjà consentis, notamment la prise en charge des soins à 50 %. Cependant, nous plaidons pour une prise en charge totale car, la trisomie s’accompagne souvent d’autres pathologies lourdes qui pèsent énormément sur le budget des familles. FIN

Propos recueillis par Chrystelle MENSAH

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