M. Atul Jain, Ancien Président, Commission centrale de l’eau
L’affirmation du Premier ministre, à l’occasion de la Fête de l’Indépendance l’année dernière, selon laquelle « Haq ka pani servira les agriculteurs indiens », marque un changement décisif dans l’approche de l’Inde à l’égard des eaux de l’Indus. Loin de constituer une rupture, elle représente une correction attendue depuis longtemps d’une retenue historique qui a désavantagé de manière disproportionnée l’Inde tout en permettant un usage abusif persistant en aval. Elle signifie que l’Inde ne permettra plus que la part d’eau qui lui revient de droit demeure sous-utilisée et gaspillée alors que ses propres agriculteurs sont confrontés à la pénurie.
Lorsque le Traité sur les eaux de l’Indus a été signé en 1960, l’Inde, en tant qu’État riverain situé en amont, a consenti une concession remarquable en acceptant de se limiter à environ 20 % des eaux du système de l’Indus, attribuant l’écrasante majorité, soit 80 %, au Pakistan. Cette décision reflétait une extraordinaire marque de bonne volonté. L’on s’attendait à ce qu’une telle générosité soit accompagnée d’un comportement responsable et d’un esprit de coopération. Au contraire, au fil des décennies, cet esprit n’a jamais été réciproque.
La déclaration du Premier ministre doit également être replacée dans le contexte des actes répétés de terrorisme transfrontalier émanant du Pakistan, qui ont gravement entamé la confiance. La réalité de longue date, résumée par l’expression « le sang et l’eau ne peuvent pas couler ensemble », n’est plus une simple formule rhétorique. Des incidents tels que l’attentat terroriste de Pulwama, ainsi que d’autres attaques dans la Vallée, y compris dans la région de Pahalgam, ont démontré combien une hostilité persistante mine les fondements mêmes sur lesquels reposent des arrangements de coopération tels que le Traité. Aucun accord, aussi bien conçu soit-il, ne peut rester à l’abri d’un effondrement total de la confiance.
Sur le plan structurel, le Traité lui-même comportait des asymétries devenues de plus en plus intenables. Il imposait des restrictions considérables à l’utilisation par l’Inde des eaux qui lui étaient attribuées, tout en n’imposant aucune obligation correspondante au Pakistan de justifier ses besoins ou d’assurer une utilisation efficace de ces ressources. Cela se reflète dans les inefficacités généralisées, les pertes dans les systèmes d’irrigation (estimées à environ 47 MAF), les capacités de stockage insuffisantes et la mauvaise gestion de l’eau de leur côté, entraînant l’écoulement vers la mer d’Arabie de grands volumes des eaux de l’Indus (jusqu’à 35 MAF) sans aucune utilisation.
Pendant ce temps, l’Inde a supporté le coût de cette retenue. Des régions telles que le Rajasthan et l’Haryana sont demeurées confrontées au stress hydrique, leur potentiel agricole étant limité malgré la disponibilité d’une quantité d’eau que l’Inde est en droit d’utiliser. C’est précisément ce déséquilibre que cette déclaration cherche à corriger.
« Haq ka pani » concerne donc l’utilisation légitime — et non la privation. L’Inde affirme que chaque goutte d’eau du système de l’Indus sera désormais utilisée de manière productive pour l’irrigation, l’hydroélectricité et le développement.
Les projets indiens sur les rivières occidentales, notamment Baglihar et Salal, mettent en lumière une autre dimension du problème. Au fil du temps, l’envasement a réduit leur efficacité et leur capacité de stockage. Les opérations de chasse des sédiments, indispensables au maintien de la sécurité et des performances des barrages, ont été retardées pendant des années en raison d’objections infondées et d’obstacles procéduraux créés par le Pakistan. La nécessité ultérieure d’évacuer les sédiments accumulés n’a fait que confirmer le coût de ces retards. À l’avenir, l’approche de l’Inde privilégiera des interventions techniques modernes et réalisées en temps opportun, sans être prise en otage par des manœuvres politiques malveillantes et hyperboliques déguisées en divergences techniques.
Le message général est clair. Premièrement, l’Inde utilisera pleinement la part d’eau qui lui revient de droit dans les régions confrontées au stress hydrique. Deuxièmement, elle n’acceptera plus un cadre dans lequel l’inefficacité et le gaspillage restent sans contrôle d’un côté, tandis que des contraintes artificielles et non scientifiques cherchent à être imposées de l’autre. Troisièmement, elle affirmera son autonomie technique, en veillant à ce que la création et l’entretien des infrastructures progressent à un rythme soutenu, conformément aux connaissances scientifiques actuelles et aux meilleures pratiques internationales.
Il ne s’agit pas d’un rejet des principes coutumiers ; il s’agit d’une réponse à la destruction des piliers fondamentaux du Traité. Lorsque les promesses mêmes qui sous-tendent un traité sont trahies par l’hostilité, le terrorisme, la désinformation et les abus, un réajustement devient inévitable.
Pendant des décennies, l’Inde a fait preuve de patience, même au prix d’un coût tangible pour son propre développement. Cette époque cède désormais la place à une période marquée par la clarté et l’équilibre.
« Haq ka pani » constitue un engagement attendu depuis longtemps selon lequel l’eau de l’Inde servira son peuple, ses agriculteurs et son avenir. Bien que certains intérêts particuliers puissent tenter de le présenter à tort comme une menace, il ne s’agit de rien d’autre que d’un réajustement nécessaire dans un contexte en évolution. ***