La 70e session de la Commission de la condition de la femme des Nations Unies (CSW) — plus grand forum annuel de l’ONU sur l’égalité des genres — prend fin ce 19 mars 2026 au siège de l’ONU à New York.
Les réflexions portaient sur comment assurer et renforcer l’accès à la justice pour toutes les femmes et les filles, notamment en promouvant des systèmes juridiques inclusifs et équitables, en éliminant les lois, politiques et pratiques discriminatoires et en s’attaquant aux barrières structurelles.
Pour la première fois en 70 ans d’histoire de la CSW, le document final a été adopté par un vote formel plutôt que par consensus, en raison de la position offensive des États-Unis.
Les Etats Unis ont introduit 8 amendements oraux visant à modifier le texte pour l’aligner sur leurs positions concernant l’avortement, l’identité de genre, la diversité, l’équité et l’inclusion. Ces amendements ont été rejetés par les autres États membres par un vote de 26 contre 1, avec 14 abstentions. Le document de la CSW70 a finalement été adopté avec 37 voix pour, 1 voix contre (les États-Unis) et 14 abstentions (dont le Nigéria, l’Égypte et l’Arabie saoudite).
Selon Shobha Shukla (directrice de CNS), cette rupture rare du consensus témoigne de l’élargissement des fractures politiques mondiales et d’une pression croissante contre le langage actuel des droits humains.
Une justice « technique » déconnectée du politique
Maitre Muzumdar, cofondatrice du Feminist Manch, a déploré que les gouvernements abordent l’accès à la justice comme une question purement technique. En se concentrant sur des réformes procédurales sans s’attaquer aux conditions structurelles, les États évitent de confronter les relations de pouvoir qui maintiennent l’injustice.
Elle a souligné que dans de nombreux contextes, les gouvernements sont eux-mêmes responsables de violations graves via l’usage abusif des lois de sécurité et l’impunité des forces armées. Le refus de nommer explicitement les lois discriminatoires et l’usage de clauses de souveraineté permettent aux hiérarchies sociales et économiques de rester intactes.
Perspectives régionales : Pacifique et Asie
Selon Maluseu Doris Tulifau (Brown Girl Woke) les femmes naviguent entre plusieurs systèmes (tribunaux formels, gouvernance coutumière, autorités religieuses). Souvent, les processus coutumiers privilégient la réconciliation familiale au détriment de la sécurité des victimes de violences sexuelles.
Asel Dunganaeva a souligné que si les droits existent sur le papier, la dépendance économique et la stigmatisation empêchent leur exercice réel. Elle a également alerté sur la violence sexiste facilitée par la technologie (cyber-harcèlement, doxing) comme nouvel outil de contrôle.
L’exclusion des voix du Sud Global
Michelle Anzaya, leader féministe africaine, a dénoncé le rétrécissement de l’espace civique. De nombreuses femmes africaines font face à des refus de visa et à un profilage racial, rendant leur participation aux processus de l’ONU de plus en plus difficile.
En réponse, des mouvements comme « Africa Disrupts CSW » créent des espaces alternatifs pour s’assurer que les réalités vécues sur le continent informent les débats mondiaux. Elle a également mis en garde contre des projets comme la « Charte africaine sur les valeurs familiales », qui risquent de saper les acquis du Protocole de Maputo.
Appel à l’action
Les leaders féministes appellent les gouvernements à s’attaquer aux barrières systémiques limitant la participation de la société civile du Sud, garantir que la santé et les droits sexuels et reproductifs soient au cœur de l’accès à la justice, transformer les conditions structurelles (dette, austérité) qui rendent la justice inaccessible aux plus marginalisés. FIN
Ambroisine MEMEDE