Le pape Léon XIV effectuera du 13 au 23 avril sa première grande tournée internationale dans quatre pays d’Afrique : l’Algérie, le Cameroun, l’Angola et la Guinée équatoriale.
Dialogue avec l’islam, paix, respect des ressources naturelles, lutte contre les inégalités, droits humains : ce voyage très attendu brassera des thématiques variées, dans un contexte international marqué par la guerre au Moyen-Orient, où le Saint-Siège tente de peser sur la scène diplomatique.
Avec près de 18.000 kilomètres, 11 discours, 7 messes et une dizaine de villes visitées, cette tournée au rythme effréné a des allures de marathon pour le pape américain de 70 ans, en bonne forme physique.
Voici les étapes et les enjeux de ce voyage, le troisième hors d’Italie de Léon XIV depuis son élection en mai 2025.
– Algérie (13-15 avril), une première
Aucun pape ne s’est jamais rendu en Algérie, pays où l’islam est religion d’État. Le dialogue interreligieux sera au coeur de cette étape : Léon XIV visitera notamment la Grande Mosquée d’Alger, rendra hommage aux figures de la mémoire algérienne et rencontrera le président Abdelmadjid Tebboune.
Le pape est « un frère qui vient visiter ses frères », a expliqué à l’AFP le cardinal Jean-Paul Vesco, archevêque d’Alger.
Léon XIV se rendra notamment à Annaba (est), ancienne Hippone, sur les traces de Saint Augustin (354-430), grand penseur de la chrétienté dont l’héritage spirituel irrigue son pontificat.
Le pape se recueillera aussi en privé dans la chapelle des 19 « martyrs d’Algérie », des prêtres et religieuses assassinés pendant la décennie noire de guerre civile (1992-2002), notamment les moines de Tibhirine.
Quelques jours avant la visite, trois ONG internationales l’ont exhorté à soulever auprès des autorités algériennes les questions de droits humains et de liberté religieuse.
– Cameroun (15-18 avril), l’appel à la paix
L’appel à la paix et à la réconciliation devrait dominer la visite très attendue au Cameroun, pays laïc et multiconfessionnel à majorité chrétienne : son nord-ouest anglophone est déchiré depuis près d’une décennie par un conflit armé opposant forces gouvernementales et groupes séparatistes.
L’étape la plus symbolique aura lieu le 16 avril avec un déplacement sous haute sécurité à Bamenda, épicentre de ces violences qui ont fait des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés. Léon XIV y prononcera un discours et célèbrera une messe.
Dans ce pays où environ 37% des quelque 30 millions d’habitants sont catholiques, l’Église joue un rôle de médiation et gère un vaste réseau d’hôpitaux, écoles et œuvres caritatives – un levier d’influence que le Saint Siège souhaite consolider.
Avant de célébrer une messe au stade de Douala, capitale économique, ainsi que dans la capitale Yaoundé, Léon sera reçu par le président Paul Biya, 93 ans, l’un des doyens des chefs d’États dans le monde.
Le clergé camerounais, qui jouit d’une certaine influence sur la scène politique, s’est montré parfois très critique à l’égard du président, au pouvoir depuis 1982.
– Angola (18-21 avril), ressources et fractures sociales
La visite en Angola, ex-colonie portugaise indépendante depuis 1975, devrait mettre en lumière les thématiques sociales chères à Léon XIV dans un pays riche en pétrole et en minerais mais marqué par de profondes inégalités, où environ un tiers de la population vit sous le seuil international de pauvreté (2,15 dollars par jour).
Quelque 44% de la population, soit 15,2 millions de personnes, se sont déclarées catholiques dans ce pays lusophone à majorité chrétienne, ravagé jusqu’en 2002 par des décennies de guerre civile.
Léon XIV devrait insister sur la gestion équitable des ressources et la lutte contre la corruption.
Si la visite papale suscite l’enthousiasme d’une partie des catholiques, « des millions de dollars seront ponctionnés dans les caisses de l’État pour les préparatifs, sans aucun bénéfice pour notre pays », déplore Rosa Kanga, une enseignante de 42 ans.
Le pape se rendra dans la capitale Luanda, sur les rives de l’Océan Atlantique, symbole des contrastes où se côtoient quartiers huppés et vastes bidonvilles, et au sanctuaire marial de Muxima, principal lieu de pèlerinage national, ainsi qu’à Saurimo (est).
– Guinée équatoriale (21-23 avril), première en 44 ans
Quarante-quatre ans après, Léon XIV marchera sur les traces de Jean-Paul II, seul pape à avoir foulé le sol de ce petit pays d’Afrique centrale dirigé depuis 1979 par l’autoritaire Teodoro Obiang Nguema.
Dans cette ex-colonie espagnole de 2 millions d’habitants comptant 80% de catholiques, le pape devra tenir un équilibre délicat: soutenir les fidèles sans pour autant être perçu comme un soutien du régime, régulièrement accusé de dérives autoritaires.
Dans l’ancienne capitale Malabo, sur l’île de Bioko, Léon XIV rencontrera des représentants du monde de la culture ainsi que le personnel et des patients d’un hôpital psychiatrique. Il se rendra également dans le fief natal du président Obiang à Mongomo (est).
A Malabo, des photos géantes du pontife sont déjà visibles dans les rues, les habitants portent des objets à son effigie et la télévision nationale passe en boucle des spots télévisés annonçant sa visite.
Source: Afp