
La stabilité en Afrique de l’Ouest ne pourra être « durable » que si elle est pensée à l’échelle « sous-régionale », a estimé l’opposant togolais Nathaniel Olympio, appelant à une refonte de la coopération sécuritaire entre la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Dans une réflexion rendue publique, le porte-parole du front « Touche pas à ma constitution » (regroupement de partis politiques de l’opposition et d’organisations de la société civile) estime que les récentes attaques terroristes survenues au Mali traduisent l’urgence d’une réponse collective.
« L’acuité de la crise au Sahel exige une solution d’ensemble, et non une réponse isolée », affirme-t-il, précisant que les divisions institutionnelles actuelles affaiblissent l’ensemble de la région.
Selon lui, les groupes armés profitent des fractures politiques et diplomatiques entre États pour renforcer leur capacité d’action.
« Aucun pays d’Afrique de l’Ouest ne peut prétendre affronter seul le terrorisme avec efficacité », soutient Nathaniel Olympio, qui plaide pour une stratégie commune impliquant l’ensemble des pays de la sous-région : « la seule option qui s’impose à tous est une stratégie globale impliquant tous les pays, face à des terroristes qui se jouent des frontières. C’est la meilleure façon de garantir la souveraineté de chaque État ».
L’opposant togolais appelle dans ce sens la CEDEAO à « prendre de la hauteur » face à la situation et à dépasser les tensions actuelles avec les pays de l’AES.
« Elle doit sortir des récriminations contre le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Elle doit prendre de la hauteur pour assumer une responsabilité historique », souligne-t-il, en référence aux trois pays ayant quitté l’organisation.
« Le retour des pays de l’AES dans la CEDEAO ne doit être ni un préalable ni la priorité du moment. La nomination, en mars dernier, de Lansana Kouyaté, ancien Premier ministre guinéen, comme négociateur en chef pour rapprocher les pays de l’AES et ceux de la CEDEAO, devrait avoir en priorité un objectif sécuritaire ».
Il juge également nécessaire d’éviter toute approche qu’il considère comme condescendante dans les relations régionales.
« La sagesse des pratiques africaines commande une approche sans arrogance et sans condescendance », écrit-il, mentionnant qu’une logique d’exclusion ou d’humiliation serait contre-productive.
‘Dialogue sécuritaire inclusif‘
Pour Nathaniel Olympio, la priorité doit être donnée à la reconstruction d’un cadre de dialogue sécuritaire inclusif. Il propose une démarche progressive, fondée d’abord sur le rapprochement avec les pays les plus exposés au terrorisme, avant d’élargir la coopération à l’ensemble des États concernés.
Dans sa réflexion, il évoque également la nécessité d’intégrer les pays voisins du Sahel dans cette dynamique, notamment la Mauritanie et l’Algérie, qu’il considère comme des acteurs essentiels de la stabilité régionale : « l’éradication du terrorisme préserve de ce fléau tous les pays de la zone ».
L’homme politique met par ailleurs en garde contre les influences extérieures dans la gestion de la crise.
Selon lui, la sous-région doit éviter de devenir un terrain de rivalités entre puissances étrangères, appelant les États à « définir eux-mêmes leurs priorités sécuritaires ».
Les récentes attaques au Mali, poursuit le politique, doivent être perçues comme un signal d’alerte mais aussi comme une opportunité politique.
« Elles doivent servir à ressouder les liens entre tous les pays d’Afrique de l’Ouest, indépendamment des organisations auxquelles ils appartiennent », conclut-il. FIN
Junior AUREL