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Planification familiale au Togo : « Le défi n’est plus uniquement de rendre les services disponibles, mais de faire en sorte qu’ils soient réellement accessibles », Dr Tchandana

Quinze ans après le lancement du Partenariat de Ouagadougou, le Togo affiche des progrès notables en matière de planification familiale, avec une prévalence contraceptive qui est passée d’environ 11 % à près de 19 %. Malgré ces avancées et une demande globale satisfaite à plus de 50 %, des défis subsistent, notamment en ce qui concerne l’accès des adolescents et des jeunes aux services de santé sexuelle et reproductive.

Dans cette interview, le Dr Malkilioubè Tchandana, (Cheffe Division de la Santé maternelle et infantile et Planification familiale) dresse le bilan de cette dynamique régionale, analyse les obstacles persistants et détaille les stratégies inclusives déployées par le plan national pour atteindre la jeunesse d’ici 2030.

Savoir News : Quinze ans après le lancement du Partenariat de Ouagadougou, le Togo est passé d’environ 11% à près de 19% de prévalence contraceptive. Selon vous, quelle a été la contribution majeure de cette dynamique régionale sur les politiques publiques nationales ?

La contribution majeure de cette dynamique régionale aux politiques publiques nationales réside dans le renforcement de l’engagement politique et institutionnel en faveur de la planification familiale.

En effet, le Togo a adhéré au Partenariat de Ouagadougou comme cadre régional de plaidoyer et de coordination en faveur de la PF depuis 2011. Et selon le ministère en charge de la santé, cet engagement s’est traduit dès 2012 par l’élaboration du premier Plan d’action national budgétisé pour la planification familiale (PANB/PF), suivi de deux actualisations en 2017 et 2023.

La même année, en 2012, le Togo a également rejoint l’initiative Family Planning 2020, renouvelée en 2022 sous FP2030 ; deux démarches qui s’articulent avec les priorités portées par le Partenariat de Ouagadougou », a expliqué Dr Tchandana.

La demande globale satisfaite dépasse aujourd’hui les 50%, mais les indicateurs montrent que les adolescents et les jeunes (15-24 ans) restent une frange plus difficile à capter. Comment expliquez-vous cet écart ?

Bien que la demande globale en planification familiale soit aujourd’hui satisfaite à plus de 50 %, les adolescents et les jeunes (15-24 ans) demeurent une frange difficile à capter en raison de leurs besoins spécifiques en matière de santé sexuelle et reproductive. Cet écart s’explique par plusieurs facteurs :

D’abord, l’accès aux services SRPF des jeunes : certains jeunes sont confrontés à la distance, aux horaires des formations sanitaires, au coût des services…

Ensuite, il existe des barrières socioculturelles : les tabous autour de la sexualité des jeunes, la religion, l’insuffisance du dialogue parents-enfant autour des questions de sexualité et un manque de connaissances sur les questions de santé sexuelle et reproductive chez les jeunes freinent l’accès des jeunes aux services SRPF.

Pour preuve, 2 284 cas de grossesses en milieu scolaire ont été enregistrés sur l’ensemble du territoire national au cours de l’année académique 2024-2025, ce qui illustre l’impact direct du manque d’accès à une information et à des services adaptés.

Il y a également des rumeurs. Les jeunes peuvent avoir accès à beaucoup d’informations, notamment à travers les réseaux sociaux, mais ces informations ne sont pas toujours fiables.

C’est pourquoi, malgré les progrès enregistrés au niveau national, nous devons continuer à investir dans des services adaptés aux adolescents et aux jeunes, dans la communication et le dialogue communautaire, mais également dans le renforcement de l’éducation aux valeurs et à la santé sexuelle ainsi que dans l’implication des jeunes eux-mêmes dans la conception des interventions qui leur sont destinées.

Le défi n’est donc plus uniquement de rendre les services disponibles, mais de faire en sorte qu’ils soient réellement accessibles, acceptables et adaptés aux adolescents et aux jeunes.

Concrètement, quelles sont les nouvelles stratégies incluses dans le plan national pour cibler cette jeunesse d’ici 2030 et réduire ces poches de résistance ?

Pour atteindre la jeunesse d’ici 2030 et réduire les poches de résistance, le plan national mise sur des stratégies inclusives qui lèvent les barrières socioculturelles et garantissent un accès universel aux services de santé sexuelle et reproductive. L’objectif est d’accroître la demande d’informations et de services de planification familiale auprès des adolescents et des jeunes, en créant un environnement favorable grâce à l’engagement de tous les acteurs clés.

Concrètement, plusieurs interventions à haut impact sont déployées :

  • La transition numérique des services d’information : développement des plateformes digitales interactives comme Info Ado Jeunes, lignes vertes et chatbots basés sur l’intelligence artificielle, offrant aux jeunes un accès anonyme, gratuit et instantané à des informations fiables.
  • La distribution à base communautaire : l’organisation de journées portes ouvertes et mobilisation de cliniques mobiles pour atteindre les populations isolées, y compris lors des fêtes traditionnelles.
  • La mise en place d’espaces conviviaux pour les jeunes : intégration de lieux dédiés au sein des structures de santé, favorisant un accueil adapté et bienveillant.
  • La communication inclusive et ciblée : vise à aller au-delà des campagnes de masse pour concevoir des programmes spécifiquement adaptés aux adolescents, aux jeunes marginalisés, aux personnes déplacées et à celles en situation de handicap. L’objectif est de garantir que chaque groupe, quelle que soit sa situation, bénéficie de messages et d’interventions qui répondent réellement à ses besoins.
  • Le renforcement des compétences des prestataires, des ASC, des leaders religieux et communautaires : formation en communication pour briser les tabous, garantir la confidentialité et lever la crainte du jugement.
  • L’amélioration des infrastructures sanitaires : dotation en matériels et équipements pour assurer des offres de services de qualité.
  • Le plaidoyer pour la mobilisation des ressources : afin de garantir l’achat et la disponibilité continue des produits contraceptifs.

Avez-vous un appel, un message à faire passer ?

Je voudrais rappeler que la planification familiale est un levier essentiel pour la réduction des décès maternels et l’amélioration de la qualité de vie des familles. J’en appelle à l’engagement de toutes les parties prenantes, partenaires techniques et financiers, partenaires de mise en œuvre ainsi que l’ensemble de la pyramide sanitaire, afin de renforcer la synergie d’actions pour améliorer les indicateurs du Togo en matière de santé sexuelle et reproductive.

J’exhorte les jeunes à s’informer et à utiliser les services qui leur sont dédiés auprès des professionnels de santé. J’invite également chacun et chacune des acteurs clés à continuer de soutenir cette dynamique, car c’est ensemble que nous pourrons garantir un avenir où chaque jeune aura la liberté de choix et l’accès aux services dont il a besoin.

Propos recueillis par Ambroisine MEMEDE

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