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Togo : À Lomé, les cafétérias ambulantes s’installent dans les habitudes matinales (REPORTAGE)

Un conducteur de taxi-moto devant une cafétéria ambulante à Lomé

Dès les premières heures de la journée, les abords de certains carrefours de Lomé s’animent autour de petits pousse-pousse et de charrettes aménagés en cafétérias ambulantes. Thé, café, pain, œufs ou boissons locales : travailleurs, conducteurs de taxi-moto et autres passants s’y arrêtent quelques minutes avant de poursuivre leurs activités.

À force de proximité, de rapidité et de prix accessibles, ces petits points de restauration gagnent progressivement leur place dans les habitudes matinales des Loméens.

Pour de nombreux travailleurs et conducteurs de taxi-moto, ces rendez-vous matinaux répondent surtout à une contrainte : manger ou boire quelque chose sans perdre de temps.

À proximité des marchés, des stations-service ou des carrefours très fréquentés, les vendeurs proposent des consommations à partir de 100 FCFA. Cette proximité, combinée à des prix accessibles, contribue à faire de ces petits points de vente une solution de plus en plus prisée pour commencer la journée.

Une cafétéria ambulante dans une rue de Lomé

Thé noir ou vert, café noir ou au lait, gingembre, bissap, kinkéliba, pain, œufs ou omelettes : l’offre varie selon les vendeurs et les habitudes de leur clientèle. Plusieurs de ces cafétérias ambulantes sont tenues par des ressortissants nigériens, dont certains sillonnent les quartiers de Lomé tandis que d’autres ont choisi de s’installer à des points fixes. Au fil du temps, ils ont constitué une clientèle fidèle, donnant à ces petits commerces une place désormais bien visible dans les matinées loméennes.

Un petit-déjeuner sur le chemin

À proximité de T-Oil Hédzranawoé, Adamou, 30 ans, fait partie de ces vendeurs qui commencent leur journée avant le lever du soleil. Arrivé au Togo en 2017, il installe son pousse-pousse dès 5 heures du matin. Thé, café, lait, sucre, pain et œufs composent l’essentiel de son offre.

« À 5 heures déjà, je suis non loin du T-Oil Hédzranawoé. Vers 9 heures, je fais le tour de Hédzranawoé à Nukafu pour quelques ventes, puis je reviens dans l’après-midi », raconte-t-il.

Sur son chariot, une bouteille de gaz, une casserole, une théière, une bouilloire et plusieurs thermos lui permettent de préparer et de conserver les boissons. De l’eau est également prévue pour la préparation et le nettoyage des ustensiles. Pour Adamou, cette activité représente surtout un moyen de gagner sa vie et de soutenir sa famille restée entre le Togo et le Niger.

« Je suis heureux de faire mon travail avec fierté. Je n’ai pas de jour de repos, sauf si je ne me sens pas bien », confie-t-il.

Chez ces vendeurs, la clientèle se compose en grande partie de personnes qui disposent de peu de temps avant de commencer leur journée. Les conducteurs de taxi-moto figurent parmi les plus réguliers. Un café au lait accompagné de pain et d’œufs, ou simplement un verre de thé, suffit souvent à calmer la faim avant de reprendre la route.

« Toute personne, avant de sortir de la maison, doit mettre quelque chose sous la dent avant d’entamer ses activités. Mais nous n’avons pas toujours assez de temps. C’est pour cette raison que nous avons opté pour ces cafétérias ambulantes », témoigne un conducteur de taxi-moto.

Une cafétéria ambulante dans une rue de Lomé..

La proximité avec la clientèle va parfois au-delà du simple arrêt au bord de la route. Certains vendeurs ont leurs habitudes auprès d’employés de bureau et, une fois arrivés devant les bâtiments où travaillent leurs clients, n’attendent pas toujours que ceux-ci descendent. Ils prennent les commandes et vont directement les servir dans les bureaux. Une pratique qui témoigne des liens de confiance progressivement établis entre ces vendeurs ambulants et leurs habitués.

Cette fidélité se retrouve également chez les clients qui fréquentent régulièrement les points de vente. Mohammed Abdoulraman, 36 ans, installé au Togo depuis 2013, a choisi de rester sur un point fixe. Selon lui, ses principaux clients sont les conducteurs de taxi-moto, qui viennent notamment pour le Lipton ou le café au lait.

« Le café au lait, ils le prennent avec du pain et des œufs », explique-t-il.

Ses recettes, dit-il, varient selon les journées et peuvent atteindre 3 000 FCFA.

Mais la clientèle ne se limite pas aux conducteurs de taxi-moto. Des passants et des travailleurs s’arrêtent également devant ces petits points de vente pour prendre une boisson chaude ou quelque chose à manger avant de poursuivre leurs activités. Pour Kodjo, rencontré autour d’un vendeur, le thé au kinkéliba et au citron fait partie des préparations qu’il apprécie particulièrement.

« Je me sens à l’aise après l’avoir bu et j’arrive à bien me tenir pendant la journée », témoigne-t-il.

Cette diversité de consommateurs illustre la place progressivement prise par ces cafétérias dans les habitudes matinales à Lomé. Pour certains, il s’agit simplement d’un moyen rapide et peu coûteux de prendre un petit-déjeuner. Pour d’autres, ces points de vente sont devenus un rendez-vous quotidien, à quelques pas du lieu de travail ou sur le trajet habituel.

L’hygiène, une exigence pour accompagner le succès

Reste toutefois une question liée à cet engouement : les conditions dans lesquelles ces boissons et aliments sont préparés et servis. Pour Emile Kouton, journaliste, ces vendeurs offrent un service utile, mais certaines pratiques doivent être améliorées.

« Ces jeunes offrent un service louable, puisqu’ils vont directement vers les clients et proposent, à moindre coût, du café, du thé, des omelettes et d’autres accompagnements. Toutefois, un aspect me préoccupe : l’hygiène. Au-delà des ustensiles et accessoires qu’ils utilisent, ils doivent également veiller davantage à leur habillement et à leur présentation », souligne-t-il.

Pour Mathieu Kponou Tobossi, directeur général de la Nouvelle Formule Sanitaire (NFS) et expert en diagnostic métabolique et thérapies nutritionnelles, la qualité de l’eau constitue l’un des premiers points de vigilance. L’eau utilisée pour préparer les boissons et laver les ustensiles doit être propre. Les bidons et bouteilles qui la contiennent doivent également être correctement nettoyés et entretenus.

L’hygiène des mains constitue un autre point de vigilance. Le vendeur peut, au cours d’une même séquence, encaisser de l’argent, manipuler des ustensiles puis servir une boisson ou un aliment. Sans lavage régulier des mains, ces manipulations peuvent favoriser une contamination croisée.

« Celui qui vend reçoit de l’argent et manipule en même temps la nourriture. Le lavage des mains est donc très important », insiste Mathieu Kponou Tobossi.

L’environnement immédiat des cafétérias ambulantes mérite également une attention particulière. Installés à proximité des routes et des carrefours, les aliments peuvent être exposés à la poussière, aux fumées des véhicules, aux mouches et à d’autres contaminants.

L’expert recommande ainsi de protéger autant que possible les préparations, notamment le thé, les omelettes et les spaghettis, afin de limiter leur exposition aux nuisances de la circulation.

La conservation des aliments, notamment des œufs et des préparations qui en contiennent, constitue une autre précaution importante. Une fois préparées, les omelettes et autres denrées doivent être conservées dans des conditions permettant de limiter les risques de contamination. La vigilance doit également s’étendre aux ingrédients destinés à être réutilisés, comme les restes d’oignon, de tomate ou de spaghetti.

L’étalage d’une cafétéria ambulante dans une rue de Lomé

Pour M.Tobossi, les casseroles, théières, cuillères, passoires et autres ustensiles doivent, eux aussi, être régulièrement nettoyés. La présence d’un seau d’eau, de savon et d’une petite serviette sur certains pousse-pousse va dans le bon sens, à condition que ces équipements soient réellement utilisés et que l’eau soit propre.

Malgré ces réserves, les cafétérias ambulantes ont déjà trouvé leur clientèle à Lomé. Leur succès tient à une combinaison simple : elles sont accessibles, disponibles tôt le matin et adaptées au rythme de ceux qui doivent rapidement rejoindre leur lieu de travail ou poursuivre leur activité.

À 100 FCFA le verre, ces cafétérias ont progressivement trouvé leur place dans les matins loméens. Pour les travailleurs, conducteurs de taxi-moto et autres habitués, elles constituent désormais une halte rapide avant de poursuivre la journée. Une popularité qui appelle toutefois les vendeurs à renforcer leurs pratiques d’hygiène pour préserver la confiance de leur clientèle. FIN

Bernadette AYIBE

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