À la veille du sommet mondial « One Health » de Lyon, experts et journalistes africains ont tiré la sonnette d’alarme sur l’usage inapproprié des antibiotiques, tant chez l’homme que chez l’animal. Lors d’un webinaire organisé par le REMAPSEN et Galien Afrique, le constat est sans appel : la santé unique ne peut plus rester une déclaration d’intention, elle doit devenir une réalité institutionnelle pour contrer la menace croissante de la résistance antimicrobienne (RAM).
La résistance aux antibiotiques ne connaît pas de frontières entre les espèces. C’est le message clé porté par les Pr Issakha Diallo (Chef du département de santé publique, Faculté des sciences de la santé, université Amadou Hampaté Ba, Sénégal) et Pr Cheikh Mbow (Directeur général du Centre de suivi du écologique, CSE/Dakar) lors des échanges préparatoires au rendez-vous de Lyon.
Selon les experts, l’usage massif et non contrôlé d’antibiotiques dans l’élevage et l’aviculture crée un cycle de résistance qui finit inévitablement dans l’assiette du consommateur.
« L’utilisation inappropriée des antibiotiques pour les volailles et les animaux accroît la résistance parce que ces animaux nous sont destinés », a souligné Pr Issakha Diallo. Pour lui, la solution réside dans une alliance thérapeutique inédite : faire travailler ensemble médecins et vétérinaires pour une sensibilisation commune et cohérente.
En finir avec le travail en « silos »
Le défi majeur reste cependant l’application concrète de cette transversalité. Interrogé sur la persistance du travail cloisonné (en silos), Pr Ibrahima Seck (Chef du Service de Médecine Préventive et de Santé Publique/FMPO, Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal) a esquissé une feuille de route pour renforcer les mécanismes institutionnels sur le continent.

Pour transformer l’approche « One Health » en succès opérationnel, Pr Seck préconise trois leviers prioritaires :
- La coordination territoriale : Sortir les discussions des ministères pour les porter au niveau des gouverneurs, des préfets et des plateformes nationales via des rencontres périodiques obligatoires.
- La surveillance intégrée : Mettre en place des systèmes de données partagés entre les services de santé humaine, animale et environnementale pour détecter les signaux d’alerte en temps réel.
- L’ancrage communautaire : Impliquer directement la société civile et les ONG pour que les populations deviennent actrices de la gestion de leur santé.
L’innovation frugale au service de la résilience

Au-delà de la surveillance, Pr Cheikh Mbow a plaidé pour une recherche académique déconnectée de ses « tours d’ivoire ». Il appelle à la co-construction d’innovations « frugales » — accessibles et peu coûteuses — entre les universités et les producteurs locaux.
« Nous avons documenté de nombreuses innovations qui restent méconnues », a déploré le Directeur du CSE, appelant les décideurs à s’approprier ces solutions locales pour une mise à l’échelle rapide. Alors que le sommet de Lyon s’ouvre ce 7 avril, l’Afrique entend porter une voix forte : celle d’une intégration santé-environnement-nutrition qui ne se limite plus aux discours, mais qui s’inscrit dans les structures de gouvernance locale pour protéger durablement le capital santé du continent. FIN
La Rédaction





