La Commission de la condition de la femme des Nations Unies boucle sa 70ème session (CSW70) le jeudi 19 mars 2026. Démarré le 9 mars 2026, cette session qui se tient au siège des Nations unies (à New York) est centrée sur l’accès à la justice pour les femmes et les filles.
La vision des participants est de renforcer les systèmes juridiques, éliminer les lois discriminatoires et aborder la participation des femmes à la vie publique. Les inégalités juridiques ont des conséquences profondes et durables qui se font sentir tout au long de la vie et au fil des générations, avec un impact sur l’ensemble de la société.
Selon ONUFEMMES, l’inégalité de genre (ancrée dans des lois et des rémunérations injustes) prive les femmes d’une protection essentielle contre les violences physiques et économiques. Cette vulnérabilité est aujourd’hui exacerbée par les dérives de l’IA. Pour enrayer des menaces globales comme la résistance aux antimicrobiens, il est impératif de garantir l’égalité des droits et de réguler les outils numériques.
Alors que les gouvernements se réunissent pour la 70e session de la Commission de la condition de la femme des Nations Unies, qui doit s’achever le 19 mars 2026, l’Alliance mondiale des médias sur la RAM (GAMA) et ses partenaires espèrent des décisions plus fermes pour faire progresser l’égalité des genres et le droit humain à la santé.
Ces deux piliers sont fondamentaux pour progresser sur le droit à la santé, y compris la prévention de la résistance aux antimicrobiens (RAM). À l’approche de la Journée mondiale de l’eau (22 mars) et de la Journée mondiale de lutte contre la tuberculose (24 mars), il est crucial de s’attaquer aux inégalités de genre et aux autres obstacles à l’accès auxquels sont confrontés les individus et les communautés, afin que la « Santé pour tous » devienne une réalité où personne n’est laissé de côté.
« La résistance aux antimicrobiens est causée par le mauvais usage et l’usage excessif de médicaments dans les secteurs de la santé humaine, animale, alimentaire et agricole, et elle pollue également notre environnement. Nous ne pouvons-nous permettre aucun abus si nous voulons atteindre les Objectifs de développement durable (ODD). Un mélange complexe de facteurs biologiques, sociaux, culturels et économiques découlant des inégalités et des injustices de genre impacte la prévention et le contrôle des infections. Les normes de genre néfastes et les stéréotypes ont normalisé la négligence du bien-être des filles et des femmes, les rendant plus vulnérables à la RAM », a déclaré Shobha Shukla, présidente de la GAMA.
RAM et violences basées sur le genre
L’expérience vécue par les femmes et les communautés de la diversité de genre montre comment la violence augmente leur risque de contracter des infections sexuellement transmissibles (IST).
Selon la Dre Soumya Swaminathan (ancienne directrice générale adjointe et ex-scientifique en chef de l’OMS), nous ne pourrons réussir à réduire la RAM sans lutter contre la violence basée sur le genre, car celle-ci entrave l’accès des femmes aux soins.
« Les femmes sont exposées à un risque très élevé de violence domestique ou de la part d’un partenaire intime. Cela peut entraîner davantage d’infections. En raison de leur position au sein du foyer, elles sont moins enclines à demander des soins en temps voulu, ce qui peut mener à des infections résistantes aux médicaments. Qu’il s’agisse d’IST, d’infections urinaires ou de maladies inflammatoires pelviennes, toutes sont liées à la violence sexuelle », a-t-elle dit.
Elle souligne que, même si une femme cherche à se faire soigner, le suivi est souvent médiocre : « elle peut prendre un traitement antibiotique partiel ou des doses incorrectes. Les femmes confrontées à une grossesse non désirée et ayant recours à un avortement non sécurisé présentent également un risque accru de RAM », a-t-elle ajouté.
La stigmatisation alimente la RAM
« Des maladies comme la tuberculose ou le VIH/SIDA sont porteuses d’une énorme stigmatisation, surtout pour les femmes », explique Bhakti Chavan, survivante d’une tuberculose ultrarésistante (TB-XDR).
« Une femme diagnostiquée est souvent jugée comme ayant apporté la honte sur sa famille. J’ai vu beaucoup de femmes cacher leur maladie, retarder les tests ou arrêter le traitement prématurément pour éviter que les voisins ne l’apprennent », a-t-elle dit.
La RAM n’est pas neutre. Son impact n’est pas aveugle au genre. Pour la combattre efficacement, nous devons écouter les femmes et concevoir des politiques qui tiennent compte de leurs réalités.
Dynamiques de pouvoir au travail
Dre Esmita Charani, professeure associée à l’Université du Cap, souligne que le fardeau de la maladie repose principalement sur les populations ayant le moins d’accès aux ressources.
« Le différentiel de pouvoir entre le patient et le prestataire de soins est très fort et influencé par le genre. Les femmes font souvent passer les besoins de santé des autres membres de la famille avant les leurs. En Inde, nous avons vu des femmes venir à l’hôpital en tant qu’aidantes pour leurs proches, sans chercher de soins pour elles-mêmes. De plus, lorsque les soins sont payants, les membres masculins de la famille sont souvent prioritaires », explique Dr Charani.
Les normes sociales affectent le contrôle de la RAM
La Dre Deepshikha Bhateja note que les normes autour de la menstruation, des responsabilités de soins, de la préférence pour les fils ou de la propriété des actifs financiers réduisent l’accès à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène (WASH). Cela limite l’éducation des femmes et les empêche de chercher librement des soins, augmentant ainsi leur vulnérabilité aux infections et aux diagnostics inappropriés.
La Dre Charani appelle à utiliser une lentille intersectionnelle car notre position dans la société dépend du genre, mais aussi de la religion, de la culture, de la caste ou du statut migratoire. La Dre Swaminathan cite l’exemple de la « féminisation de l’agriculture » : une femme rurale (petite agricultrice avec un mari migrant) a moins d’autonomie financière et d’accès aux centres de santé, ce qui la rend plus susceptible de négliger une infection.
Pour le Dr Salman Khan, la RAM est un problème profondément social : « Elle est façonnée par ceux qui détiennent le pouvoir, ceux dont la santé est priorisée et ceux dont les voix sont entendues dans la prise de décision ».
Une once de prévention vaut une livre de cure
La Dre Mayssam Akroush estime que les femmes peuvent jouer un rôle de premier plan contre l’usage irrationnel des antibiotiques. En tant que mères, leaders, enseignantes ou médecins, elles sont au sommet de la pyramide pour induire un changement de mentalité, notamment auprès des jeunes.
Il existe un consensus sur la nécessité d’intégrer les inégalités de genre dans les Plans d’action nationaux (PAN) sur la RAM. La Dre Swaminathan préconise d’y inclure des indicateurs sur la violence basée sur le genre, reconnaissant que les services de santé sexuelle sont des points critiques d’exposition aux antibiotiques.
Mettre fin à la tuberculose pharmaco-résistante
Shobha Shukla rappelle qu’en 2024, le nombre de cas de tuberculose résistante restait alarmant. « Nous avons échoué à prévenir la tuberculose pharmaco-résistante malgré la science et les outils disponibles. Pour mettre fin à la tuberculose d’ici 2030, nous devons atteindre le « zéro cas » de résistance », explique-t-elle. FIN
Ambroisine MEMEDE