
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié son rapport annuel couvrant la période du 1er juillet 2025 au 30 juin 2026.
Le document intitulé « Obtenir des résultats, conduire la réforme et garantir l’avenir du secteur de la santé en Afrique » fait état d’une année marquée par une volonté affirmée de souveraineté sanitaire, face aux défis financiers et résurgences épidémiques.
Selon Dr Mohamed Janabi (Directeur régional de l’OMS pour l’Afrique), la Région a fait face à plusieurs urgences sanitaires : des flambées inédites, des crises persistantes, des conflits et des déplacements.
« La Région a été confrontée à de multiples défis sanitaires concomitants, dont la survenue simultanée est exceptionnelle. Il s’agit notamment de la toute première épidémie de maladie à virus Marburg en Éthiopie, seizième flambée d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC), un épisode de fièvre de la Vallée du Rift en Mauritanie et au Sénégal », a-t-il expliqué.
« Parallèlement à ces diverses flambées épidémiques, la Région a maintenu une riposte active face à la transmission soutenue du choléra — qui a atteint un record de plus de 245 000 cas en 2025 —, la variole simienne (mpox) et la rougeole. », a-t-il ajouté.
Il a souligné une crise humanitaire accentuée par les conflits, notamment en Afrique de l’Ouest et centrale où les femmes et les enfants ont représenté 80 % des 12,7 millions de personnes déplacées.
Le Directeur régional de l’OMS pour l’Afrique a souligné que cette pression opérationnelle s’est exercée sur fond de contraction historique des financements internationaux de la santé, en baisse d’environ 20 % à l’échelle mondiale, l’Afrique subissant la part la plus lourde de cette réduction.
Notons que malgré ces contraintes drastiques, le rapport publié met en évidence de notables résultats obtenus grâce à des réformes structurelles profondes : huit pays (Algérie, Burundi, Cabo Verde, Guinée, Kenya, Maurice, Sénégal et Seychelles) ont franchi des étapes majeures dans l’élimination de maladies, et les décès dus à la tuberculose ont chuté de 46 % entre 2015 et 2024
Au plan interne, le Bureau régional a réduit ses coûts et ses effectifs de 23 %, redéployant les trois quarts de son personnel restant vers les bureaux de pays, ce qui a permis de générer plus de 8 millions de dollars d’économies annuelles réaffectées sur le terrain.
Au volet des partenariats, le document révèle des avancées concrètes autour de l’Agence africaine du médicament, de la production locale, et renforcement de la collaboration avec l’Union africaine et le CDC-Afrique.
Le rapport alerte toutefois sur quatre défis majeurs menaçant la pérennité de ces acquis : un déficit de financement de base de 662 millions de dollars pour les deux prochaines années, la persistance de dépenses directes de santé pesant lourdement sur les ménages dans 35 pays, la fragilité de la continuité des soins (notamment en santé mentale et prénatale), et des lacunes persistantes en matière de données statistiques.
« Pour combler le déficit de financement, les États Membres doivent transformer les engagements pris cette année en décaissements effectifs selon un calendrier précis, amener les pays qui ne se sont pas encore engagés à participer à la campagne de mobilisation de ressources et définir, dans chaque pays, un calendrier national clair pour atteindre l’objectif de longue date de la Région », indique le rapport.
« La Région africaine de l’OMS a démontré ce qu’elle est capable d’accomplir, même au cours de l’année la plus difficile de son histoire récente. La pérennisation des progrès réalisés cette année dépend désormais d’un financement adéquat et du respect des engagements pris », ajoute le texte.
Alors que l’OMS et ses États membres luttent déjà contre une dix-septième flambée d’Ebola en Ituri (RDC), le Dr Janabi insiste sur la nécessité de consolider le modèle opérationnel en cours pour protéger durablement les populations les plus vulnérables du continent. FIN
Ambroisine MEMEDE