
Faure Gnassingbé, lors de son intervention
Le président du Conseil, Faure Gnassingbé, a appelé mardi à une profonde évolution des Nations Unies face à la recomposition des équilibres internationaux, estimant que l’organisation « reste indispensable » dans un monde de plus en plus multipolaire.
Il s’exprimait à Bichkek, lors du 26è sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) élargie, où il a porté la réflexion de l’Afrique sur la réforme de la gouvernance mondiale.
Faure Gnassingbé a d’abord relevé une profonde recomposition des équilibres internationaux, marquée par l’émergence de nouveaux centres de puissance et de nouveaux équilibres économiques.
« Le monde change, de nouveaux centres de puissance émergent, de nouveaux équilibres économiques se dessinent, de nouvelles voix veulent être entendues », a-t-il observé, avant d’articuler sa vision d’un multilatéralisme rénové autour de plusieurs axes.
Dans cette nouvelle configuration, le Président du Conseil a appelé à éviter une lecture idéalisée de la multipolarité, qui pourrait davantage fragmenter le monde. Pour l’Afrique, a-t-il expliqué, l’émergence de nouveaux partenaires constitue une opportunité de diversifier les relations, de réduire certaines dépendances et de choisir les partenariats en fonction de ses propres priorités.

« La multipolarité doit nous donner davantage de choix et non créer de nouvelles divisions », a-t-il déclaré, tout en mettant en garde contre le risque de nouvelles rivalités et de rapports de force.
Pour un multilatéralisme adapté au monde multipolaire
Pour le dirigeant togolais, cette évolution de l’ordre international doit toutefois s’accompagner d’un multilatéralisme rénové, capable de garantir des règles communes et de permettre à chaque nation d’exercer librement ses choix en fonction de ses intérêts et de ses priorités.
Il a ainsi appelé à éviter la constitution de nouveaux blocs antagonistes et à faire de la multipolarité « une nouvelle force du multilatéralisme ».
Faure Gnassingbé a particulièrement insisté sur l’avenir du système multilatéral, notamment celui des Nations Unies, dans un contexte marqué par les désaccords entre les grandes puissances.
Il a souligné la nécessité de réformer l’organisation mondiale afin de préserver la crédibilité des règles internationales, dont l’application différenciée selon les crises contribue, selon lui, à affaiblir la légitimité.
« Les Nations Unies restent indispensables, mais elles doivent profondément évoluer dans un monde plus multipolaire. Nous avons besoin davantage de multilatéralisme et non de moins », a-t-il insisté, tout en relevant les limites actuelles de l’organisation lorsque les grandes puissances s’opposent.
La représentation de l’Afrique dans le concert des nations constitue également, selon le Président du Conseil, un enjeu central de la transformation du système multilatéral.
« Lorsque l’Afrique reste insuffisamment représentée, nous ne pouvons pas parler d’un ordre mondial pleinement juste », a-t-il estimé, plaidant pour une évolution des organes de direction des Nations Unies et une meilleure prise en compte des intérêts du continent.
Pour Faure Gnassingbé, défendre les Nations Unies ne signifie donc pas préserver le statu quo, mais « les transformer pour le monde de demain », notamment en renforçant leur articulation avec l’Union africaine, l’Organisation de coopération de Shanghai et les autres organisations régionales.
Il a ainsi invité les chefs d’État et de gouvernement à faire de la multipolarité un levier pour renforcer le multilatéralisme.
L’Afrique appelée à renforcer sa capacité de choix
Le Président du Conseil a également abordé la dimension économique de la transformation de l’ordre international. Pour lui, la justice du système mondial ne peut se limiter à une meilleure représentation politique des pays du Sud.
Elle doit aussi se traduire par leur capacité à financer leur propre développement, à valoriser leurs ressources et à créer davantage de valeur sur leurs territoires.
« Un ordre mondial plus juste doit donner au Sud une véritable capacité de choix. Être mieux représenté ne suffira pas », a souligné Faure Gnassingbé, appelant notamment les pays du Sud à renforcer leur capacité à financer leur développement, à transformer leurs ressources et à créer davantage de valeur sur place.
Il a, dans cette perspective, souligné l’importance des institutions de coopération régionale et du rapprochement entre l’Afrique et les grands pôles émergents.
La réforme de la gouvernance mondiale doit également, selon lui, s’accompagner d’une transformation des mécanismes économiques et financiers internationaux et d’une diversification des partenariats.
Ceux-ci doivent notamment privilégier l’investissement productif, les infrastructures, la transformation locale et le transfert de technologies, avec l’Asie, l’Europe, les Amériques, mais aussi entre les pays africains, afin de renforcer les capacités de développement du continent.

L’Organisation de coopération de Shanghai Plus (OCS+) réunit les États membres de l’organisation intergouvernementale eurasiatique, ses partenaires de dialogue ainsi que les pays invités autour de questions liées notamment à la gouvernance mondiale.
Cette édition a enregistré la participation de plusieurs dirigeants de l’OCS, dont les présidents Xi Jinping de Chine, Vladimir Poutine de Russie et Alexandre Loukachenko de Biélorussie, ainsi que les Premiers ministres Narendra Modi de l’Inde et Shehbaz Sharif du Pakistan.
Les présidents Massoud Pezeshkian d’Iran, Kassym-Jomart Tokaïev du Kazakhstan, Emomali Rahmon du Tadjikistan et Chavkat Mirzioïev d’Ouzbékistan ont également pris part aux travaux, aux côtés de dirigeants et hauts représentants de pays partenaires et invités, notamment l’Égypte, la Turquie, l’Azerbaïdjan, l’Arménie, la Mongolie, le Laos et le Vietnam. FIN
Edem Etonam EKUE