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Harcèlement numérique au Togo : Quand le clic devient un choc

À l’ère de la digitalisation galopante, nos smartphones sont devenus des extensions de nous-mêmes. Mais derrière l’éclat des écrans, plane une ombre qui grandit : le cyberharcèlement. Entre manipulation psychologique, chantage à la « sextorsion » et arsenal juridique, Zoom sur un fléau qui dépasse les portes du virtuel.

Tout commence souvent par un signal sonore, une notification banale. Un lien se crée, amical et rassurant au début. Puis, imperceptiblement, la dynamique change. « C’est dans cette phase que la manipulation s’installe », explique Dounwourgue Nagbandjoa. Ce qui était un échange devient une oppression. Le harceleur isole sa proie pour mieux la dominer.

La bascule est brutale : les messages deviennent agressifs, les pressions s’intensifient. Le chantage aux contenus intimes, ou « sextorsion », surgit, plongeant la victime dans un silence nourri par la honte. Pourtant, ce silence est le meilleur allié de l’agresseur.

Une cible sur chaque profil

Selon l’OMS, près de 15 % des adolescents font face régulièrement à cette violence. Au Togo, la tendance suit la courbe mondiale. Les jeunes de 15 à 35 ans sont en première ligne, avec une vulnérabilité accrue pour les femmes et les jeunes filles, ciblées par des attaques à caractère sexiste.

Les personnalités publiques, influenceurs et journalistes ne sont pas épargnés. Les canaux empruntés couvrent Facebook et TikTok à l’obscurité des groupes fermés sur Telegram ou Signal, où s’organisent parfois des lynchages collectifs.

L’ANCy et le CERT.tg : Les sentinelles du Web togolais

Face à cette menace, le Togo s’est doté d’un bouclier : l’Agence Nationale de la Cybersécurité (ANCy). À travers son bras opérationnel, le CERT.tg (centre de réponse aux incidents informatiques), l’institution veille 24h/24.

Dès qu’un cas est signalé, une machine de riposte se met en branle : « L’ANCy procède d’abord à une analyse technique des éléments fournis, notamment les preuves numériques. Elle accompagne ensuite la victime dans la sécurisation de ses comptes et dans les démarches à entreprendre. En fonction de la gravité des faits, l’Agence oriente le dossier vers les autorités compétentes et peut collaborer avec les plateformes concernées », explique Dounwourgue Nagbandjoa (chargé de la communication à l’ANCy).

Il souligne que, dans de nombreux cas, cette intervention peut permettre d’identifier les auteurs, de faire supprimer les contenus illicites et mettre fin aux agissements. Les résultats sont plus efficaces lorsque le signalement est rapide et que les preuves sont bien conservées.

Dans le cas de l’action préventive, l’ANCy sensibilise les usagers du numérique sur les risques auxquels ils s’exposent et leur prodigue par la même occasion, les conseils utiles et les bonnes pratiques pour se protéger des cyberharceleurs.

La loi : Un arsenal de dissuasion

M. Dounwourgue précise que le harcèlement en ligne n’est pas un vide juridique au Togo. Il cite le triptyque législatif qui encadre désormais ces dérives notamment, la loi sur la cybersécurité (2018) qui réprime les menaces, la diffusion de contenus illicites et les atteintes à la vie privée, la loi sur la protection des données (2019), qui assure une protection contre l’usage abusif des informations personnelles, et le Code pénal, qui vient sanctionner le harcèlement moral, les violences psychologiques et la diffamation.

Les sanctions sont fermes, allant d’amendes significatives à des peines d’emprisonnement, aggravées si la victime est mineure ou en cas de récidive, a-t-il expliqué.

Prévention : Les réflexes qui sauvent

Selon le chargé en communication de l’ANCy, la lutte contre le cyberharcèlement commence par la « pédagogie du clic ». Il recommande des gestes simples mais radicaux : L’hygiène numérique (Ne jamais partager de contenus sensibles ou intimes), le verrouillage (activer l’authentification à deux facteurs et paramétrer strictement la confidentialité) et une réaction immédiate en cas d’attaque.

Notons qu’un jeune sur trois a déjà une fois été victime d’attaque en ligne, selon un sondage de UNICEF réalisé dans 30 pays. En Afrique, le mal a un impact social dévastateur : »Ne restez pas seul », martèlent les spécialistes. FIN

Ambroisine MEMEDE

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