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Projet HGSF dans le nord du Togo : des cantines scolaires, de « petits trésors » pour les élèves (REPORTAGE)

Assise devant son plat d’Ayimolou, la petite Mazalo, élève en classe de CP2 à l’École primaire publique (EPP) Houloun, savoure son repas chaud.

« J’aime beaucoup l’Ayimolou, c’est doux », confie-t-elle, le regard rayonnant.

Mélange de riz et de haricots, l’Ayimolou figure parmi les mets appréciés au Togo. Autour de Mazalo, ses camarades profitent eux aussi du repas servi à l’école.

Dans cette école de 400 élèves, située dans le canton de Landa, dans la préfecture de la Kozah, à environ 450 km au nord de Lomé, le déjeuner constitue un rendez-vous attendu grâce aux cantines scolaires mises en place dans le cadre du projet HGSF (alimentation scolaire basée sur la production locale).

Mis en œuvre par le gouvernement togolais en collaboration avec le Programme alimentaire mondial (PAM), le projet vise à offrir aux élèves des repas nutritifs, tout en valorisant la production locale et en soutenant l’économie des communautés. Sa coordination est assurée par le ministère chargé du Développement à la base, à travers l’Agence nationale d’appui au développement à la base (ANADEB), avec l’appui des ministères chargés de l’Agriculture et de l’Éducation nationale.

Une élève lave les mains avant de passer à table

Le dispositif bénéficie du soutien financier de l’Union européenne, de la France, de l’Allemagne et de la Corée. Il est mis en œuvre dans les seules régions de la Kara et des Savanes, dans le nord du Togo, où 77 824 élèves répartis dans 242 écoles bénéficient de ces cantines scolaires.

Les modalités de prise en charge des repas diffèrent toutefois d’une région à l’autre. Dans la région des Savanes, les repas sont offerts gratuitement aux élèves, tandis que dans celle de la Kara, chaque parent contribue à hauteur de 1 700 FCFA par élève et par an.

Des repas qui favorisent l’apprentissage et le bien-être des élèves

À l’EPP Houloun, cette initiative apporte un soutien concret aux familles. Pendant que les parents vaquent à leurs activités agricoles, ils savent que leurs enfants peuvent déjeuner à l’école. Pour Nandjombé Kpanté, directeur de l’établissement, ces cantines constituent de véritables « petits trésors » pour les élèves.

« Ces cantines constituent aujourd’hui un petit trésor pour les élèves bénéficiaires. Avant leur installation, les enfants n’avaient pratiquement rien à manger lorsque leurs parents vont aux champs. Aujourd’hui, avec les cantines, ils mangent bien à l’école et leurs parents peuvent vaquer librement à leurs occupations champêtres, sans souci pour l’alimentation de leurs enfants », témoigne-t-il.

Le responsable relève également des effets sur les résultats scolaires. Selon lui, le taux de réussite au Certificat d’études du premier degré (CEPD) dans son établissement est passé de 29 % en 2025 à 74,60 % en 2026. Il associe cette progression à la présence de la cantine scolaire.

À l’EPP Kpélessida, le directeur, Nao Kodjo, met plutôt l’accent sur l’évolution de la fréquentation scolaire et les besoins qu’elle entraîne pour l’établissement.

« Ces cantines, c’est d’abord la bonne santé des élèves parce qu’ils mangent bien. En plus, le taux de fréquentation des élèves a fortement grimpé, si bien qu’aujourd’hui, il nous faut d’autres salles de classes », témoigne-t-il.

Une maman-cantine de l’EPP Houloun.

Au-delà de la disponibilité des repas, les cantines se distinguent également par la diversité des menus proposés. Du lundi au vendredi, les élèves participent au choix des plats de la semaine, selon Elèyè Mariama, agente d’appui au développement à la base à l’ANADEB.

« Ce sont les élèves eux-mêmes qui proposent ce qu’ils vont manger et c’est en fonction de ce choix que nous faisons notre planning », explique-t-elle. Le service des repas débute à 11 heures GMT et est assuré par les « mamans cantines ».

Le menu hebdomadaire prévoit notamment du riz blanc accompagné de sauce d’arachide le lundi, du haricot servi avec du gari le mardi, de l’Ayimolou le mercredi, de la pâte accompagnée de sauce aux légumes le jeudi et du riz blanc le vendredi.

Pour Tchali, élève en classe de CM1, ces repas ont changé le quotidien scolaire.

« Depuis l’installation de la cantine dans notre école, je mange très bien. Avant, je manquais parfois les cours parce qu’il n’y a rien à manger. Maintenant, je suis régulier et je travaille bien à l’école », raconte-t-il.

La préparation des repas s’accompagne de mesures d’hygiène. Devant chaque cuisine, un dispositif permet aux élèves de se laver les mains avant de passer à table.

Les « mamans cantines », quant à elles, portent des tabliers, des cache-nez et des foulards pour se couvrir la tête.

« Les règles d’hygiène sont strictes. Les mamans cantines ont également subi des examens médicaux avant leur recrutement », souligne Elèyè Mariama.

Au-delà de leur contribution à l’alimentation des élèves, les cantines scolaires offrent également aux « mamans cantines » une activité génératrice de revenus, qui leur permet de participer davantage aux dépenses de leur ménage.

Tossim Zenab, « maman cantine » à l’EPP Houloun, témoigne des retombées de cette activité sur sa vie quotidienne.

Un élève savoure son repas chaud

« Depuis que je mène cette activité, j’ai moi-même un peu de revenus et je contribue aux charges du ménage. À la rentrée scolaire, j’ai participé à l’achat des fournitures de nos enfants. En plus, cela m’a permis de développer mon activité de vente de boisson locale Tchoukoutou », explique-t-elle.

Les cuisines sont par ailleurs équipées de foyers améliorés, conçus pour réduire la consommation de bois de chauffe et limiter la pression sur les ressources forestières. Le dispositif intègre ainsi une dimension environnementale à la préparation des repas scolaires.

De la production locale à l’assiette des élèves

Le projet HGSF privilégie les produits agricoles locaux pour approvisionner les cantines, contribuant ainsi à valoriser les récoltes et à soutenir les revenus des petits producteurs.

Dans les écoles bénéficiaires, les jardins potagers fournissent des légumes locaux tels que le gboma, l’adéma, le gombo, la carotte et le chou. Les jardiniers sont formés à la fabrication et à l’utilisation du compost, ce qui leur permet de fertiliser les sols sans recourir aux engrais chimiques.

Dans certaines écoles bénéficiaires, le dispositif est également complété par des unités d’élevage de volailles. D’autres disposent d’unités de transformation, notamment des moulins à condiments et des moulins à grains destinés à moudre la farine utilisée dans la préparation des repas.

Gnandi Tabé, Assistant Programme PAM/Kara

Selon Gnandi Tabé, Assistant Programme PAM/Kara, ces équipements visent à faciliter le travail des « mamans cantines ».

« C’est pour éviter aux mamans cantines de parcourir de grandes distances avant de moudre la farine », explique-t-il.

Les autres denrées, notamment le riz, le maïs et le haricot, sont achetées auprès des organisations paysannes.

Pour soutenir la production agricole et faciliter l’approvisionnement des cantines, le projet met des engrais et des semences à la disposition des producteurs.

Tchilabalo Binéwaï, producteur dans le canton de Kpinzindè et membre de la coopérative Hezougoma, bénéficie de cet accompagnement.

Tchilabalo Binéwaï, dans son champ de maïs dans le canton de Kpinzindè

« Le projet m’a fourni des engrais et des semences, ce qui m’a permis d’agrandir mon champ de maïs. À la récolte, je fournirai gratuitement 25% de ma production à l’EPP Seyo pour la cantine. Je pourrai également vendre du maïs à l’école, si les responsables le souhaitent, au prix du marché. Grâce à cet appui, ma production de maïs passera de 300 à 600 kg », se réjouit-il.

« Cet appui aux producteurs nous permet de nous assurer d’un approvisionnement régulier de nos cantines en vivres », souligne Gnandi Tabé, Assistant Programme PAM/Kara. FIN

De Kara, Emile KOUTON

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