
Faure Gnassingbé lors d’un entretien accordé à des médias chinois
En visite officielle en Chine depuis le 9 octobre, le président du Conseil, Faure Gnassingbé, a accordé un entretien à des médias chinois au cours duquel il a abordé les perspectives de renforcement de la coopération sino-togolaise et sino-africaine dans les domaines de la sécurité maritime et de l’économie bleue.
Il a notamment souligné la nécessité pour les pays africains de dépasser leur rôle de plateforme de transit afin de développer des capacités productives autour de leurs ports et de mieux tirer parti des retombées économiques des activités maritimes.
Abordant la question de la sécurité maritime, Faure Gnassingbé a rappelé l’engagement du Togo dans la coopération régionale dans le golfe de Guinée, articulée autour de trois priorités : la liberté de navigation, la prévention des trafics illicites et la protection des espaces maritimes.
À cet égard, il estime que « la Chine, compte tenu de son poids dans le commerce mondial, peut contribuer au renforcement de nos capacités et donc à la préservation de cette sécurité ».
Le président du Conseil a également souligné les répercussions des perturbations affectant les grandes routes maritimes mondiales sur les économies africaines.
« Aujourd’hui, les perturbations que nous connaissons dans le monde, sur les grandes routes maritimes mondiales, ont un effet direct sur nos économies par trois canaux : d’abord le coût des transports, le prix des énergies et les chaînes d’approvisionnement », a-t-il expliqué.
Face à ces défis, Faure Gnassingbé a insisté sur la nécessité de mieux valoriser les infrastructures portuaires africaines. Évoquant le Port de Lomé, il a précisé que l’enjeu ne résidait plus uniquement dans l’augmentation du trafic, mais dans la capacité à générer davantage de valeur ajoutée.
« Ce que nous voulons, ce n’est pas d’augmenter le trafic ou bien les marchandises qui passent par notre port, mais de capter plus de valeur, créer une valeur ajoutée », a-t-il déclaré.
Pour atteindre cet objectif, le Président du Conseil a mis l’accent sur le développement d’activités productives autour des infrastructures portuaires.
« Cela veut dire qu’il nous faut des zones industrielles, il nous faut des services logistiques performants, il faut que nous ayons de la main-d’œuvre qualifiée, et il faut que nous ayons des entreprises locales qui participent à ce développement-là », a-t-il précisé.
Dans cette perspective, Faure Gnassingbé voit dans l’expérience chinoise une source d’inspiration pour le Togo et les autres pays africains.
« Je pense qu’ici, en Chine, vous avez une très grande expérience dans ce domaine d’articulation entre le port, le parc industriel, la zone industrielle et les écosystèmes productifs », a-t-il relevé. Il estime que cette expérience peut nourrir la coopération entre la Chine et les pays africains.
« Je pense que cette expérience-là, nous pouvons nous en inspirer dans le cadre de cette coopération entre votre pays et les pays africains », a-t-il ajouté.
Seul port en eau profonde de la côte ouest-africaine capable d’accueillir des navires de troisième génération, selon les éléments présentés dans cette dépêche, le Port de Lomé poursuit sa progression dans le classement mondial des ports à conteneurs établi par Lloyd’s List.
En 2026, il occupe la 91ᵉ place mondiale, contre la 94ᵉ lors de la précédente édition, gagnant ainsi trois rangs.
Le port togolais se maintient dans le Top 100 pour la sixième année consécutive, devançant notamment Tema, au Ghana (94ᵉ), et Mombasa, au Kenya (99ᵉ).
Au-delà des infrastructures portuaires, le Président du Conseil a souligné l’importance de la maîtrise des connaissances et des technologies pour permettre à l’Afrique de prendre pleinement part à la gouvernance mondiale des océans. « L’Afrique ne peut pas participer à la gouvernance mondiale si elle ne maîtrise pas certaines choses, notamment les sciences marines », a-t-il affirmé.
Il a notamment évoqué la nécessité de renforcer les capacités de recherche, de former davantage de spécialistes et de développer le partage des données dans le cadre de la coopération avec la Chine.
Accord BBNJ : pour une participation effective de l’Afrique à la gouvernance des océans
Parlant de la candidature de Xiamen pour accueillir le Secrétariat de l’Accord sur la diversité biologique marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale (BBNJ), Faure Gnassingbé y voit une opportunité pour les pays africains, à condition qu’ils puissent prendre pleinement part à la gouvernance mondiale des océans.
« Cet accord, pour nous, est une chance pour les pays africains. Mais cette chance ne peut se concrétiser que si nous participons pleinement à cette gouvernance », a-t-il souligné.
Le Président du Conseil a relevé plusieurs atouts de Xiamen, notamment ses infrastructures modernes, son expérience maritime et ses capacités de recherche. Il a toutefois insisté sur la nécessité de faire de ce futur Secrétariat un instrument concret de soutien aux pays en développement.
« L’enjeu, ce n’est pas seulement l’endroit, mais c’est surtout ce que ce Secrétariat va faire pour les pays africains », a-t-il précisé.
Faure Gnassingbé a également évoqué les difficultés auxquelles sont confrontés plusieurs pays africains en matière de recherche océanographique, d’accès aux données et de maîtrise des sciences marines.
Il a plaidé pour des partenariats entre les institutions de recherche chinoises et africaines, ainsi que pour un partage accru des connaissances et des données. Il a notamment insisté sur l’importance d’un « partage équitable des avantages et des bénéfices à tirer de l’utilisation de ces ressources génétiques marines ».
Rappelant que le Togo a signé et ratifié l’Accord BBNJ, le Président du Conseil a souligné que le défi résidait désormais dans la capacité du pays à participer pleinement à sa mise en œuvre.
« Nous avons besoin de compétences, nous avons besoin de moyens », a-t-il insisté. Il a ainsi appelé à renforcer les capacités des pays en développement afin qu’ils puissent produire des connaissances et contribuer effectivement aux décisions internationales.
Faure Gnassingbé s’est enfin montré optimiste quant à la candidature de Xiamen, mettant en avant l’accessibilité de la ville et la qualité de ses infrastructures. Il estime que l’accueil du Secrétariat par la Chine pourrait ouvrir des perspectives de coopération, notamment en matière de recherche marine et de renforcement des capacités africaines. FIN
Junior AUREL