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Togo : À Assou Kondji, ces femmes qui misent sur l’adémé pour leur autonomie

Mme Emefa Sika dans son champ

Arrosoir et coupe-coupe à la main, Mme Emefa Sika se rend dans son champ situé à quelques kilomètres de son domicile.

Bien connue à Assou Kondji, à 88 km au nord-est de Lomé, elle fait partie de ces femmes rurales qui ont décidées très tôt de se confier à la terre pour s’autonomiser.

L’adémé fait partie des légumes très prisés au Togo, notamment dans le sud du pays, où sa sauce est généralement accompagnée de pâte à base de farine de maïs ou de mil.

De nombreuses femmes s’adonnent à sa culture, qui constitue pour certaines une source de revenus et un moyen de renforcer leur autonomie.

Dans son champ, Emefa cultive l’adémé. Sur place, la cultivatrice arrose les plants quelques jours seulement après la première récolte. Elle en profite également pour arracher quelques mauvaises herbes ici et là.

«Je cultive spécialement l’adémé depuis une dizaine d’années déjà. Avant de commencer, j’aidais uniquement mon époux au champ, notamment dans la culture du maïs. Je dirais que j’ai eu le déclic en regardant les femmes du village voisin qui s’adonnaient à cette culture. Au début, j’avais juste une petite portion de terre et je faisais ça uniquement pour notre propre consommation. C’est après que, petit à petit, j’ai pu avoir accès à une parcelle de mon mari et, avec l’aide d’autres femmes, j’ai pu étendre la culture», a-t-elle souligné.

L’adémé, une culture importante à Assou Kondji

La culture de l’adémé, ou corète potagère (Corchorus olitorius), est une activité maraîchère de premier plan dans le sud du Togo, principalement pratiquée par les femmes.

Assou Kondji se positionne comme une zone dont les terres sont favorables à la culture de cette plante, dont les feuilles servent à préparer une sauce gluante très appréciée au Togo et dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest.

Mme Emefa Sika dans son champ

La plante pousse rapidement et ses feuilles se récoltent environ un mois, voire 45 jours, après le semis. Elles peuvent être coupées pour la vente jusqu’à trois ou quatre fois avant que la plante ne devienne trop ligneuse ou ne produise des fruits.

La culture de l’adémé constitue la principale activité agricole des femmes de cette localité. Elle leur permet, jeunes comme âgées, de renforcer leur autonomie financière.

Les productrices d’adémé passent la quasi-totalité de leurs journées dans les champs. Cette culture demande beaucoup d’eau ainsi que des soins spécifiques.

« Ce n’est que lorsqu’il pleut que nous n’arrosons pas. Matin et soir, nous arrosons. Lorsqu’il fait trop chaud, nous arrosons trois, voire quatre fois par jour. En même temps, il faut surveiller la quantité d’eau, parce que trop d’eau peut aussi tuer la plante », a confié Adjoa Zonmo, une autre productrice d’adémé.

« Pour avoir de l’eau dans les champs, c’est un autre combat. Mais Dieu merci, aujourd’hui, je ne suis plus à ce stade. J’ai de l’eau à disposition et ça me facilite l’arrosage », a ajouté Mme Sika.

Quand l’adémé devient une source de revenus

«En période favorable, le foulard d’adémé se vend jusqu’à 20 000 F CFA. Mais lorsque la production est trop abondante, nous vendons la même quantité à 2 000, voire 1 500 F CFA. Peu importe les situations qui se présentent, l’adémé demeure notre principale source de revenus », a précisé une autre cultivatrice.

« Sans la culture de l’adémé, probablement que mes enfants ne seraient pas scolarisés et moi-même, je serais réduite à une simple femme au foyer. Aujourd’hui, je participe aussi aux dépenses du ménage, spécialement à tout ce qui concerne mes trois enfants. J’envoie même par moments un peu d’argent à ma mère, qui ne travaille plus parce qu’elle est assez âgée », a renchéri une autre cultivatrice.

Pour écouler leurs récoltes, ces femmes font appel à des commerçantes qui se rendent dans la localité les jours de marché pour acheter leur production.

Pendant la saison sèche, l’accès à la localité est moins pénible pour les commerçantes, ce qui facilite l’écoulement des récoltes. En revanche, en saison pluvieuse, les conditions d’accès deviennent plus difficiles.

«Aujourd’hui, en cas de maladie, que ce soit pour moi-même ou pour mes enfants, j’arrive facilement à me rendre dans un centre de santé, ne serait-ce que pour les soins primaires, et ceci grâce à l’adémé», a confié dame Afi.

L’adémé honoré lors d’une fête

Dénommé « légume en or » (« Ama Sika » en langue locale), l’adémé a été honoré par les femmes d’Assou Kondji lors de la première édition d’Adémézan, célébrée le 29 août dernier, autour du thème : « S’unir pour valoriser la culture de l’adémé ».

À l’occasion de cette journée, les femmes d’Assou Kondji ont, à travers des chants, des danses, des prestations et une dégustation de la sauce d’adémé, mis à l’honneur cette plante qui contribue à leur autonomisation.

Vêtues de pagnes de couleur verte, en référence à la plante, elles ont rendu grâce à Dieu et à la terre pour les bienfaits qu’elles tirent de la culture de l’adémé.

« Cette fête est une occasion de retrouvailles pour nous, les cultivatrices, pour honorer notre légume en or, mais aussi pour nous honorer nous-mêmes, parce que nous sommes des femmes qui nous battons sous le soleil et la pluie pour contribuer au bien-être de nos familles », a confié une cultivatrice, prise dans le feu de la célébration. FIN

YIBOKOU-MENSAH Akossiwa A.

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