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Les fausses promesses de la Russie : comment Moscou transforme les ressortissants étrangers en ressources pour sa guerre

Ivan Kholostenko

La Russie continue d’exploiter des ressortissants étrangers, notamment des citoyens de pays africains, dans sa guerre d’agression contre l’Ukraine.

Il s’agit d’une réalité douloureuse et profondément cynique. Des personnes issues de pays qui ont combattu le colonialisme pendant des générations sont aujourd’hui transformées en instruments d’une nouvelle guerre impériale. Ceux qui recherchent un emploi, un revenu décent et la possibilité de subvenir aux besoins de leurs familles sont, dans les faits, utilisés par la Russie comme du matériel sacrifiable dans une guerre qu’ils n’ont pas déclenchée, qu’ils ne comprennent souvent pas et à laquelle, dans de nombreux cas, ils n’avaient jamais l’intention de participer.

Les témoignages de prisonniers de guerre étrangers montrent que, dans de nombreux cas, cela va bien au-delà d’un simple recrutement militaire. Ce à quoi nous assistons est un système fondé sur la tromperie, la pression, l’isolement et la coercition. 

Le schéma est souvent le même : une personne se voit proposer un emploi, un salaire élevé ou d’autres opportunités financières. Après son arrivée en Russie, son passeport et son téléphone peuvent lui être retirés. Elle peut être isolée du monde extérieur, poussée à signer des documents dans une langue qu’elle ne comprend pas, recevoir seulement quelques jours de formation, puis être envoyée sur la ligne de front.

Sur place, de nombreux recrues étrangères sont confrontées à la faim, à la peur, aux abus de la part de commandants russes, à la menace constante des attaques de drones, à la mort de leurs camarades et à un sentiment d’impuissance totale.

Pour les sociétés africaines, ces récits doivent servir de sérieux avertissement.

La Russie cherche à se présenter comme une amie du Sud global tout en utilisant des citoyens de pays africains, asiatiques et latino-américains pour alimenter sa machine de guerre impériale. Cette situation est particulièrement cynique lorsqu’elle concerne des nations dont l’histoire est étroitement liée à la lutte contre le colonialisme, l’exploitation et la coercition extérieure.

L’Ukraine ne mène pas de guerre contre les peuples d’Afrique ni contre ceux d’aucune autre région du monde. L’Ukraine se défend contre l’agression russe.

Ivan Kholostenko

Dans le même temps, nous considérons qu’il est de notre devoir de dire la vérité sur la manière dont Moscou exploite des ressortissants étrangers afin de les entraîner dans sa guerre contre l’Ukraine. 

C’est pourquoi nous appelons les citoyens des pays africains à faire preuve de la plus grande prudence face à toute offre d’emploi, d’études, de service ou d’« argent facile » en Russie, particulièrement lorsque ces offres impliquent des intermédiaires, des procédures administratives accélérées, des conditions contractuelles peu claires ou des promesses de rémunérations disproportionnées.

Ce qui est présenté comme une opportunité d’améliorer sa vie peut en réalité se révéler être une route vers la ligne de front.

Nous encourageons également chacun à lire les témoignages de ceux qui ont déjà vécu une telle expérience. Leurs récits ne sont pas seulement des témoignages de ce qu’ils ont subi. Ils constituent un avertissement pour ceux qui peuvent encore éviter de tomber dans ce piège. 

Dénoncer les réseaux de recrutement russes

Dans ce contexte, nous saluons le lancement de la nouvelle plateforme d’information StopRussianRecruiters.org.

StopRussianRecruiters.org est une ressource d’information du Quartier général ukrainien de coordination pour le traitement des prisonniers de guerre et du ministère des Affaires étrangères de l’Ukraine.

Son objectif est de documenter et de rendre publiques les pratiques de recrutement illégales et trompeuses utilisées par le ministère russe de la Défense, lesquelles se sont considérablement intensifiées depuis le début de l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine en 2022.

Pour mettre fin à ces pratiques, celles-ci doivent être dénoncées, documentées et portées à la connaissance du public le plus largement possible. 

La plateforme notamment :

publie des enquêtes indépendantes révélant des mécanismes de tromperie, d’exploitation et d’abus ;

partage des informations sur des ressortissants étrangers tués ou ayant subi des préjudices après avoir été recrutés par la Russie ;

identifie les recruteurs russes et leurs agents locaux qui contribuent à tromper les personnes et publie des informations sur leurs activités.

Nous appelons toutes les personnes intéressées par la fin de ce recrutement meurtrier à utiliser cette ressource, à consulter ses contenus et à les partager largement.

L’information peut sauver des vies. Plus les gens comprendront le fonctionnement des réseaux de recrutement russes, plus il sera difficile pour les recruteurs de trouver de nouvelles victimes. 

Pour ceux qui sont déjà tombés dans le piège, il existe encore une issue

Nous n’oublions pas ceux qui ont déjà cru aux promesses russes, qui sont tombés dans le piège des recruteurs ou qui se sont retrouvés à servir dans des formations armées russes.

Pour eux, l’Ukraine dispose du projet gouvernemental « Je veux vivre ».

Il s’agit d’un projet du Quartier général de coordination pour le traitement des prisonniers de guerre, mis en place avec le soutien du ministère de la Défense de l’Ukraine et des services de renseignement de défense ukrainiens. Il est destiné aux militaires des forces armées russes qui souhaitent se rendre volontairement.

Peu importe la raison pour laquelle une personne s’est retrouvée dans cette guerre — qu’elle ait cru à la propagande russe, qu’elle ait cherché à gagner de l’argent ou qu’elle ait été trompée pour participer aux hostilités. Elle a toujours la possibilité de sauver sa vie et de rentrer chez elle vivante. 

L’Ukraine garantit aux prisonniers de guerre :

-le respect des Conventions de Genève relatives au traitement des prisonniers de guerre, quelle que soit leur citoyenneté ou leur nationalité ;

-une détention dans des conditions appropriées, sous la supervision du Comité international de la Croix-Rouge et d’autres organisations internationales de défense des droits humains ;

-trois repas par jour, des soins médicaux et la possibilité de rester régulièrement en contact avec leurs familles ;

-la possibilité d’un échange volontaire contre des militaires des forces armées ukrainiennes détenus en captivité en Russie ;

-la possibilité de demander l’asile en Ukraine ou dans d’autres pays européens.

Plusieurs milliers de militaires auraient déjà sauvé leur vie en se rendant volontairement.

Notre message à tous les ressortissants étrangers que la Russie tente d’utiliser dans sa guerre est simple : ne vous laissez pas transformer en matériel sacrifiable au service de la guerre impériale de quelqu’un d’autre. 

Si vous envisagez simplement d’accepter une offre pour vous rendre en Russie, vérifiez les informations, lisez les témoignages de ceux qui ont déjà vécu cette expérience et ne faites pas confiance aux promesses d’« argent facile ».

Si vous connaissez les activités de recruteurs russes, contribuez à révéler leurs pratiques et partagez des informations vérifiées susceptibles de protéger d’autres personnes.

Et si vous vous êtes déjà retrouvé sur la ligne de front, souvenez-vous que vous avez encore une chance de sauver votre vie.

Commentaire de l’ambassadeur d’Ukraine au Nigeria, Ivan Kholostenko

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