Les enjeux liés à la formation des professionnels, à l’amélioration de la prise en charge des maladies de peau et au recours aux outils numériques sont au cœur des deuxièmes Journées togolaises de dermatologie, ouvertes mercredi 16 septembre 2026 à Lomé.
Organisées par la Société togolaise de dermatologie et des infections sexuellement transmissibles (SOTODERM), en collaboration avec la Fondation Pierre Fabre, ces journées sont placées sous le thème « Dermatologie et santé numérique en Afrique ».
La rencontre fait suite aux quatrièmes Assises africaines de télédermatologie, tenues les 14 et 15 septembre à Lomé. Elle réunit notamment des dermatologues, des médecins d’autres spécialités, des personnels paramédicaux, des étudiants, des décideurs, des acteurs de la santé numérique ainsi que des partenaires techniques et pharmaceutiques venus de plusieurs pays africains, dont le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Cameroun, la Centrafrique, le Mali et le Togo.
À travers ces journées, les organisateurs entendent favoriser le partage de connaissances et d’expériences en dermatologie, afin de contribuer à l’amélioration du diagnostic et de la prise en charge des maladies de peau dans les différents contextes africains.
Pour Raymond Kossi Barruet, dermatologue, diabétologue et échographiste, président de la SOTODERM, cette rencontre constitue avant tout un cadre de formation continue pour les professionnels de santé.
« Les sociétés savantes, comme la SOTODERM, ont l’habitude de rassembler leurs membres pour remettre les connaissances à niveau. Les choses avancent très vite, la science avance très vite, et un médecin qui ne poursuit pas sa formation post-universitaire peut se scléroser », a-t-il souligné.
« Ces rencontres permettent aux médecins de présenter des cas rencontrés au cours de l’année et de partager leurs expériences. La SOTODERM entend poursuivre cette dynamique à travers des formations post-universitaires organisées régulièrement sur des thèmes spécifiques », a-t-il ajouté.
La société savante collabore également avec les médecins en formation spécialisée, notamment les étudiants inscrits au Diplôme d’études spécialisées (DES) en dermatologie, ainsi qu’avec d’autres sociétés savantes au Togo et à l’étranger.
Cette volonté de renforcer les compétences s’accompagne d’un autre enjeu, celui de mieux faire connaître la place du dermatologue dans le parcours de soins.
Raymond Kossi Barruet a ainsi souligné la nécessité de mieux faire connaître le rôle du dermatologue dans la prise en charge des maladies de peau.
« Le dermatologue est avant tout un médecin », a-t-il relevé, soulignant que les maladies de peau peuvent avoir des conséquences importantes sur la vie des patients, notamment en raison de leur caractère visible et parfois stigmatisant.
« Vous avez une maladie de peau, tout le monde le remarque. Cela crée des angoisses, des anxiétés, cela crée des dépressions, mais les gens minimisent cela », a-t-il expliqué, rejetant par ailleurs l’idée selon laquelle la dermatologie serait une spécialité réservée aux personnes aisées.
Les échanges ont également permis d’aborder les évolutions récentes dans la prise en charge de certaines pathologies, à l’image du psoriasis.
Bérénize Dégboé, professeure titulaire, dermatologue et vénérologue à la Faculté des sciences de la santé de l’Université d’Abomey-Calavi, au Bénin, a présenté les principales nouveautés de 2026 dans la prise en charge du psoriasis.
Elle a rappelé que le psoriasis, longtemps considéré essentiellement comme une affection cutanée, est désormais appréhendé comme une maladie systémique susceptible d’affecter plusieurs organes.
« Les journées consacrées à la dermatologie permettent surtout aux spécialistes de se retrouver, d’harmoniser leurs pratiques, de mieux valoriser les données locales et de réfléchir ensemble aux perspectives de la discipline », a-t-elle indiqué.
La dimension régionale de la rencontre s’est également illustrée à travers la participation de Mamadou Kalogo, dermatologue au CHU de Treichville, à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Invité par ses confrères togolais, il a indiqué avoir pris part à ces journées dans le but de favoriser les échanges et le partage d’expériences entre professionnels.
La télédermatologie pour rapprocher les soins des populations
Au-delà des échanges entre spécialistes, la rencontre met en lumière les défis liés à l’accès aux soins dermatologiques, notamment dans les zones éloignées des grands centres urbains.
En Afrique, les maladies de peau représentent un motif fréquent de consultation dans les centres de santé de premier recours. Certaines peuvent paraître banales au départ, mais évoluer vers des formes plus préoccupantes en l’absence d’un diagnostic et d’une prise en charge adaptés.
Cette situation est aggravée par le nombre encore limité de dermatologues dans plusieurs pays africains, tandis que l’accès aux soins spécialisés reste particulièrement difficile dans certaines zones rurales.
Elle pose également la question de la prise en compte des spécificités de la peau noire dans les outils de diagnostic et les référentiels numériques, notamment ceux utilisant l’intelligence artificielle.
Dans ce contexte, la télédermatologie est présentée comme un moyen de faciliter l’accès à l’expertise dermatologique, notamment dans les zones éloignées des grands centres urbains.
Au Togo, la SOTODERM, avec l’appui financier de la Fondation Pierre Fabre, met en œuvre depuis 2018 un projet de télédermatologie. La phase pilote avait concerné 20 centres pendant deux ans, avant une phase de généralisation portant le nombre de centres à 50 pendant trois ans.
Depuis 2025, une phase de transition a été mise en place avant le lancement du projet actuel, prévu pour se poursuivre jusqu’en décembre 2027.
Les quatrième Assises africaines de télédermatologie, organisées les 14 et 15 septembre à Lomé, ont notamment permis de faire le point sur l’évolution des projets de télédermatologie en Afrique subsaharienne, leurs résultats, les difficultés rencontrées et les conditions nécessaires à leur réussite.
Ces assises ont été précédées par celles de Bamako en 2017, de Lomé en 2019 et d’Abidjan en 2022. Les échanges ont également porté sur des questions telles que l’albinisme et les maladies tropicales négligées à expression cutanée. FIN
Bernadette AYIBE