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Togo : à la découverte des Batammariba, le peuple qui façonne la terre (ZOOM)

Au cœur du Koutammakou (environ 478 km au nord de Lomé) paysage culturel classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2004, vivent les Batammariba, un peuple dont le nom renvoie à leur savoir-faire dans le façonnage de la terre.

Répartis dans 36 villages sur un territoire d’environ 500 km², ils sont aujourd’hui quelque 50.000 habitants. Ils ont développé au fil des générations un mode de vie étroitement lié à l’agriculture, à l’élevage, aux traditions et à un remarquable savoir-faire architectural.

Appelés « Batammariba » au pluriel et « Otamari » au singulier, ils parlent le ditammari. Leur nom est associé à l’expression « ceux qui façonnent la terre », en référence notamment à leur savoir-faire dans la construction des habitations traditionnelles qui caractérisent le Koutammakou. Agriculteurs et éleveurs, les Batammariba entretiennent ainsi un lien étroit avec leur environnement et les ressources de leur territoire.

Une histoire façonnée par les migrations

Selon la tradition orale rapportée par David Tchamougou, principal guide touristique du site et natif de Koutammakou, les Batammariba seraient originaires de l’actuel Burkina Faso. Leurs ancêtres auraient quitté cette région au XIe siècle, à la suite de conflits liés notamment à des divergences religieuses, avant de gagner le nord-ouest du Bénin. Une partie du groupe aurait ensuite poursuivi sa migration vers le nord du Togo, où elle s’est établie dans l’actuel Koutammakou.

Les femmes du village exécutant une danse

« A Koutammakou, la première maison a été construite au XVIIIè siècle. Ils se sont installés au Togo au XIIIè siècle et ils habitaient dans des troncs d’arbres et des grottes pendant 4 à 5 siècles », a précisé M.Tchamougou.

Au fil de leur histoire, les Batammariba ont développé un mode d’habitat étroitement lié à leur environnement. Confrontés autrefois aux difficultés de vivre dans une forêt peuplée de bêtes sauvages et exposés aux intempéries, leurs ancêtres auraient d’abord trouvé refuge dans des grottes et dans les arbres, avant de concevoir les « Takienta », ces habitations traditionnelles en terre qui constituent aujourd’hui l’une des principales caractéristiques du Koutammakou.

Les Takienta, un savoir-faire transmis de génération en génération

La construction d’une Takienta repose sur un savoir-faire transmis de génération en génération. Selon le guide, le choix de l’emplacement répondait autrefois à des pratiques et croyances précises. Après avoir déterminé la direction de la future habitation, les anciens procédaient à un rituel destiné à s’assurer que le terrain était favorable à la construction.

Une fois l’emplacement retenu, la communauté était associée aux travaux, notamment pour la réalisation des fondations à partir d’un mélange de terre et d’eau. La construction se poursuit ensuite par la superposition de couches de terre et d’eau, sans recours à des instruments de mesure modernes. Les murs sont progressivement élevés, avant la réalisation de la toiture à partir de bois, de fourches et de traverses prélevés dans l’environnement.

Un groupe de visiteurs devant l’une des habitations traditionnelles « takienta » du Koutammakou

Les greniers et les autres espaces de l’habitation sont ensuite protégés par de la paille, tandis que le crépissage est réalisé à base d’argile et de bouse de vache. Une préparation obtenue à partir de l’écorce du fruit du néré est enfin utilisée pour la finition, notamment comme protection contre les infiltrations d’eau.

Un patrimoine vivant à préserver

Au-delà de leur architecture, les Batammariba conservent un ensemble de pratiques et de croyances qui structurent la vie familiale et communautaire. Les figures d’ancêtres et les éléments de protection installés à l’entrée des habitations occupent notamment une place importante dans leur univers culturel. Transmises au fil des générations, ces croyances se retrouvent jusque dans les représentations liées à la naissance et à la réincarnation.

« Vous ne rencontrerez jamais une personne handicapée en pays Otamari. Nous croyons à la réincarnation. Nous sommes des guerriers, les ancêtres réincarnent les personnes physiques pour la guerre. Si vous rencontrez une personne handicapée, il n’est pas d’ici », a expliqué le guide.

Ces croyances entourent également la grossesse et les premiers jours de la vie. La consultation du devin permet notamment, d’identifier l’ancêtre appelé à revenir parmi les vivants.

« Nous n’avons pas besoin de faire l’échographie pour connaître le sexe du bébé qui viendra au monde. Avec une grossesse d’un mois, on sait déjà quel ancêtre veut revenir sur la terre, après la consultation du devin. Dès les premiers jours de sa naissance, il y a toujours des sacrifices à faire pour protéger cet enfant », a-t-il raconté.

Certaines femmes portaient un étonnant couvre-chef traditionnel, en forme de chapeau à deux cornes dressées et orné de cauris. Soigneusement façonné, l’objet attire immédiatement le regard. Le journaliste de l’Agence Savoir News a lui aussi eu l’occasion de le porter, le temps de découvrir, à son tour, cet élément du patrimoine culturel des Batammariba.

« Nous sommes très fiers de notre tradition. Beaucoup de personnes dont des blancs (touristes) viennent nous voir ici. Ils s’étonnent de notre mode de vie et beaucoup de questions », confie une une femme batammariba.

Des Takienta

La reconnaissance du Koutammakou par l’UNESCO depuis 2004 s’inscrit dans cette dynamique de préservation et de valorisation d’un patrimoine culturel vivant. Elle met en lumière la valeur d’un ensemble de pratiques, de savoir-faire et de traditions dont la transmission demeure essentielle à la préservation de l’identité des communautés qui y vivent.

Aujourd’hui encore, les Batammariba perpétuent cet héritage à travers leurs habitations en terre, leur mode de vie fondé sur l’agriculture et l’élevage et la transmission de leurs pratiques culturelles. Le Koutammakou apparaît ainsi non seulement comme un site remarquable, mais aussi comme un territoire vivant où se perpétue, de génération en génération, l’histoire et le savoir-faire d’un peuple attaché à son environnement et à ses traditions. FIN

Junior AUREL

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