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Lutte contre les VBG au Togo : Dans la préfecture de Vo, un modèle d’engagement communautaire qui porte ses fruits

Assise derrière sa machine à coudre, Afi (25 ans) accueille avec le sourire l’équipe d’ONU Femmes, venue mesurer le chemin parcouru grâce à l’ONG La Colombe. Diplômée depuis deux ans, la jeune couturière s’est installée dans le village d’Attisogbé, situé dans le canton de Vo-Koutimè (à une soixantaine de kilomètres au nord de Lomé) où elle exerce son activité.

Pour elle, ce parcours n’a été possible que grâce à l’accompagnement de l’ONG La Colombe, qui a financé sa formation et lui a fourni son premier équipement professionnel.

« Tout était devenu difficile après le décès de mon père, mais cette ONG a payé mes frais d’apprentissage. Aujourd’hui, j’ai trois apprenties à mon service et mon atelier est bien équipé. Mes clients sont satisfaits de mon travail et mes revenus me permettent de faire de petites épargnes », a témoigné Afi.

Pour Amévi Gaffan, président cantonal de la Chambre des métiers de Vo-Koutimè (un des cantons de la préfecture de Vo), Afi est aujourd’hui citée en exemple au sein de la communauté.

« Afi a obtenu son diplôme en 2024, première de sa promotion au plan cantonal. Elle a également décroché le Premier Prix au concours préfectoral organisé par la Chambre de métiers de Vo-Koutimè. Elle est un modèle que nous citons lors des séances de sensibilisation », a dit M. Gaffan.

Afi entourée par Dr Ndao (OnuFemmes) et Mme Akakpo (Ong La Colombe, à droite)

À quelques kilomètres de l’atelier d’Afi, Akouvi, qui vient de terminer son apprentissage, s’est réjouie de la visite. Elle a également été soutenue par l’ONG La Colombe et équipée d’une machine à coudre. Mme Bénie, sa patronne, a remercié les visiteurs et vanté les qualités de son apprentie. « Tout au long de son apprentissage, Akouvi a été un modèle de respect et d’assiduité », a-t-elle dit.

Comme Afri et Akouvi, plusieurs autres jeunes filles bénéficient des initiatives de l’ONG La Colombe.

Des femmes sensibilisées sur les VBG et leurs droits

Conduite par Mme Akakpo Adjoua, coordonnatrice de l’ONG La Colombe, la délégation s’est rendue au Centre d’auto-promotion des filles (CAF), où elle a rencontré des bénéficiaires de diverses initiatives. Des jeunes filles, mais aussi des jeunes champions et des femmes, y sont été outillés sur les violences faites aux femmes, la confiance en soi et l’estime de soi.

Au CAF, la délégation face à quelques bénéficiaires

« Récemment, on a fait un atelier où on a parlé des violences, de l’estime de soi et de la confiance en soi. J’ai compris beaucoup de choses. Ce qui m’a le plus accroché, c’est l’enseignement sur les violences. Ici, lorsqu’une fille est violée, on lui interdit de parler. On a des professeurs qui touchent les seins des filles et on ne peut pas le dire. Mais avec La Colombe, on a appris qu’on peut le signaler », a dit Honorine, coiffeuse en apprentissage.

Sur place, Tairou Taofik, l’Imam principal de la Mosquée centrale du canton de Vogan (environ 55 Km au nord de Lomé) qui s’emploie, lors de ses séances de sensibilisation, à déconstruire les fausses interprétations religieuses qui justifient parfois la soumission ou la violence. Selon ses explications, les mentalités ont beaucoup évolué au sein de la communauté musulmane à Vogan, où des filles étaient mariées très jeunes.

« J’ai commencé la sensibilisation pour leur faire comprendre que sans éducation, on n’aura pas l’épanouissement. L’éducation, c’est pour se défendre dans la société. L’enfant envoyée au foyer à 13 ou 14 ans, elle connaît quoi de la vie ? C’est ce qui retarde la communauté», a expliqué l’Imam principal de la Mosquée de Vogan.

Les Fiosron, modèles de lutte contre les VBG

À la préfecture de Vo, les visiteurs se sont adressés directement à Mamagan Dravie-Anyron Evelyne, épouse du chef canton d’Anyronkopé. La représentante des Fiosron (épouses de chefs) a décrit une réalité désormais ancrée dans l’action publique.

Grâce à l’appui de l’ONG La Colombe, les épouses de chefs sortent des concessions pour devenir de véritables travailleuses sociales. Leur mission consiste à lutter contre les violences sexuelles, endiguer le décrochage scolaire et prôner l’autonomie financière des jeunes filles pour qu’elles apprennent à ne pas attendre un homme.

« Les hommes buvaient beaucoup, ils battaient les femmes, ils avaient trois, quatre, cinq épouses. Et elles devaient se battre elles-mêmes pour subvenir à leurs propres besoins, subvenir aux besoins des enfants. Et quand elles n’y arrivent pas, ça devient de la violence. Aujourd’hui, la violence a beaucoup diminué », a témoigné Mamagan Evelyne Dravie-Anyron, Fiosron du canton d’Anyronkopé.

Anyronkopé fait partie des dix cantons de la préfecture de Vo (située dans la région Maritime). Et selon Mamagan Evelyne Dravie-Anyron, les formations et informations reçues par les Mamagan (épouses de chefs cantons) sont partagées avec les épouses de tous les chefs de villages.

Des propos appuyés par son époux, Togbuigan Dravie-Anyron IV, chef du canton d’Anyronkopé (président du conseil de la chefferie traditionnelle de Vo) : « Les Fiosron assistent désormais aux jugements… Elles prennent en charge les questions relatives aux femmes, ce qui a permis de réduire nettement les querelles de couple ».

« Elles les éduquent, elles leur donnent ce qu’il faut pour revendiquer leurs droits. Et surtout en matière des jugements, au cours des jugements que les chefs font dans leur palais, les Fiosron sont à côté pour suivre et intervenir au moment opportun pour que la voix de la femme soit aussi écoutée », a dit Kokou Leguede, préfet de Vo, qui a salué ses impacts et plaidé pour le maintien des actions.

Des acquis à pérenniser

Selon Mme Adjoua Akakpo, toutes ces activités sont mises en œuvre grâce au soutien de ONU Femmes, dans le cadre du fonds français MUSKOKA (financé par le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères). Elle a vivement remercié son partenaire et invité les populations à capitaliser sur ces acquis. Car, l’autonomisation économique est le premier rempart contre les violences. Une femme qui gagne sa vie est une femme moins exposée à la dépendance et à l’emprise.

Dr Ndao, ONU Femmes

Dr Deynaba Ndao, représentante d’ONU Femmes, s’est dite satisfaite de l’impact des initiatives de l’ONG La Colombe sur les bénéficiaires et a encouragé les acteurs locaux à maintenir le cap dans la lutte contre les violences et pour l’autonomisation des femmes et des jeunes filles.

« Ce qui nous a marqués, c’est l’engagement des autorités. Si nous avons un mot à adresser aux acteurs, ce serait la pérennité, la durabilité, le maintien des acquis parce que nous avons travaillé et nous avons des résultats. On peut dire que le financement MUSKOKA a été un financement catalytique. Et au niveau local, on devrait pouvoir mobiliser certaines ressources auprès d’autres bailleurs pour accompagner l’ONG dans ce travail. Le résultat est là, il est visible, il est palpable », a-t-elle souligné.

A l’heure où les nations font face à une réduction drastique de l’aide au développement, Dr Ndao a appelé au maintien des acquis et encouragé les autorités locales à maintenir et renforcer leur engagement en faveur de toutes les initiatives visant la formation des jeunes, le changement des normes sociales. FIN

Ambroisine MEMEDE

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