
Le rapport spécial de l’ONUSIDA publié à l’occasion de la 26ᵉ Conférence internationale sur le sida révèle que les réductions budgétaires historiques combinées au recul des droits humains font peser une menace sans précédent sur les acquis de ces trois dernières décennies de lutte contre le sida. Cette situation risque de stagner l’élan mondial pour éliminer le sida en tant que menace pour la santé publique d’ici 2030.
Des coupes budgétaires historiques qui fragilisent la prévention
Le document indique que l’année 2025 a été marquée par un choc financier majeur : le financement extérieur de la riposte au VIH dans les pays à revenu faible et intermédiaire a chuté de 18 % par rapport à 2024.
Les programmes de prophylaxie pré exposition (PrEP), la distribution de préservatifs et le dépistage ont enregistré des baisses spectaculaires (dépassant 50 % pour la PrEP dans des pays comme le Nigeria, le Cameroun ou la Zambie).
En 2025, 17,6 milliards de dollars US étaient disponibles pour la riposte, laissant un déficit d’un quart (4,3 milliards USD) face aux 21,9 milliards requis annuellement d’ici 2030.
Des statistiques clés de 2025
Le rapport révèle qu’en 2025, 41 millions de personnes vivaient avec le VIH dans le monde. Au total, 1,2 million de nouvelles infections ont été enregistrées (baisse de 42 % depuis 2010), mais le monde accuse un retard d’1 million d’infections sur la trajectoire idéale de l’objectif 2030.
Le document souligne que 570 000 personnes sont décédées en 2025, de causes liées au sida (baisse de 57 % depuis 2010), marquant ainsi un ralentissement des progrès face à une maladie pourtant traitable. La même année, 32,1 millions de personnes bénéficiaient d’un traitement antirétroviral (un gain de 3 % sur un an, un rythme en ralentissement).
De profondes disparités régionales et démographiques
Le rapport indique que l’Afrique subsaharienne concentre 50 % des nouvelles infections mondiales. Les adolescentes et jeunes femmes y sont touchées de manière disproportionnée (3 000 nouvelles infections par semaine chez les 15-24 ans). Le document affiche que les populations clés sont marginalisées et des enfants délaissés : seuls 55% des enfants vivant avec le VIH reçoivent un traitement, contre 78 % de l’ensemble de la population. Les infections pédiatriques sont toutefois passées sous la barre des 100 000 (93 000 en 2025).
Cascade de soins et succès des 95-95-95
À la fin 2025, la cascade de soins mondiale s’établissait à 88-89-95 (88 % des personnes connaissent leur statut, 89 % de ces personnes sont sous traitement et 95 % de ces dernières ont une charge virale supprimée, rendant le virus intransmissible).
Au total, 11 pays ont atteint les objectifs 95-95-95 : le Botswana, le Cambodge, le Danemark, l’Eswatini, le Lesotho, la Namibie, le Rwanda, l’Arabie Saoudite, la Suède, la Zambie et le Zimbabwe.
Une réponse politique renouvelée : La Déclaration de 2026
Face aux attaques contre les droits des femmes et des minorités, et face à la fermeture de programmes communautaires vitaux, la Réunion de haut niveau des Nations Unies de juin 2026 a adopté la nouvelle Déclaration politique sur le VIH et le sida : La déclaration réaffirme l’engagement mondial à mettre fin au SIDA en tant que menace pour la santé publique d’ici 2030 et fixe de nouveaux objectifs spécifiques et importants. Citation clé (ONUSIDA) : « Mettre fin au sida en tant que menace pour la santé publique d’ici 2030 reste à portée de main – mais seulement si les pays, les communautés et tous les partenaires agissent de manière décisive ».
S’exprimant à la clôture de la Réunion de haut niveau des Nations Unies sur le VIH/SIDA le 23 juin 2026 au siège des Nations unies, Mme Winnie Byanyima (Directrice exécutive de l’ONUSIDA), a déclaré que « nos progrès méritent d’être protégés » et qu’il existe une volonté de « maintenir les actions nécessaires pour atteindre l’objectif » de 2030.
« Les gouvernements du monde, soutenus par les communautés, se sont réunis et ont affirmé que le multilatéralisme est vivant et bien portant. Une majorité de pays ont adopté une déclaration solide qui fixe des objectifs ambitieux pour que le monde s’élance vers l’objectif 2030 de mettre fin au SIDA en tant que menace pour la santé publique. Ils ont tenu la promesse faite il y a 25 ans », la souligné la Directrice exécutive de l’ONUSIDA. FIN
Ambroisine MEMEDE