
Du 23 au 25 avril, le Centre togolais des expositions et foires de Lomé accueille le Festival inter-régional du fonio (FESTIFONIO-1), un rendez-vous qui rassemble des exposants venus de plusieurs pays de la sous-région autour d’une céréale longtemps restée en marge des grandes chaînes de valeur agricoles : le fonio.
À travers ce festival, producteurs, transformateurs et acteurs du secteur agricole mettent en lumière le potentiel de cette céréale traditionnelle, aujourd’hui au cœur d’une dynamique de valorisation portée par des innovations variétales, des procédés de transformation modernisés et un engagement croissant des filières locales.
Longtemps cantonné aux usages alimentaires traditionnels, le fonio amorce ainsi une nouvelle trajectoire, qui le positionne progressivement comme une alternative crédible dans les politiques de sécurité alimentaire et de diversification agricole au Togo et dans la sous-région.
À Lomé, le fonio n’est plus seulement une céréale du passé. Il devient un produit d’avenir, porté par des acteurs engagés qui entendent bien lui redonner toute sa place dans les habitudes alimentaires.
Venue du Burkina Faso et basé à Bobo-Dioulasso, Estelle Bayala, chargée de communication et suivie évaluation/représentante du projet Fonio Force, incarne cette nouvelle dynamique. Son ambition est claire : moderniser la production et démocratiser la consommation.

« Au sein du projet Fonio Force, nous faisons la promotion d’une variété améliorée appelée CVF 109. C’est une variété de trois mois, à fort rendement, contrairement à la variété traditionnelle de quatre mois », explique-t-elle.
Pour elle, l’enjeu est aussi technique. Il s’agit d’accompagner les producteurs vers de meilleures pratiques agricoles.
« Nous les incitons au semis en ligne et nous travaillons à structurer la production. Avant, il n’y avait pas de véritable fixation sur les variétés », précise-t-elle.
Mais la révolution du fonio passe surtout par sa transformation. Au Burkina Faso, les avancées sont déjà visibles.
« Nous arrivons aujourd’hui à produire du fonio 100% pur, sans sable. Cela ouvre la voie à une large gamme de produits dérivés : farine, biscuits, couscous instantané, bouillie, et même du pain et des pâtisseries », souligne-t-elle avec enthousiasme.
L’objectif est de casser l’image vieillissante de la céréale. « Le fonio doit être connu sous toutes ses formes. Tant qu’il reste cantonné à ses usages traditionnels, il paraît dépassé. Nous travaillons à le dépoussiérer à travers des recettes modernes », insiste-t-elle.
Sa présence à Lomé, dans le cadre d’un festival interrégional, revêt ainsi une importance particulière.
« C’est une aubaine pour nous. Nous découvrons d’autres savoir-faire et partageons le nôtre. Nous avons les mêmes racines, les mêmes traditions. C’est une véritable richesse », précise Estelle Bayala.

Malgré ce potentiel, un défi majeur persiste : la faible consommation. « Au Burkina comme au Togo, le fonio est encore peu consommé au quotidien. Nous devons l’amener dans nos foyers, dans nos plats de tous les jours, pour qu’il redevienne une céréale leader », plaide-t-elle.
Des producteurs engagés sur le terrain
Sur le terrain, cette dynamique est déjà palpable. À Atakpamé (localité située à environ 175 km au nord de Lomé), dans la communauté Akposso, Akouvi Gbogbo fait partie de ces femmes qui vivent du fonio.
« C’est un problème de foyer qui m’a poussée à me lancer dans la culture du fonio. Aujourd’hui, il nourrit ma famille », raconte-t-elle simplement.
Depuis 2010, elle produit chaque année jusqu’à dix tonnes, en s’appuyant sur une organisation collective : « Nous sommes en groupement de femmes, environ vingt-cinq. Nous cultivons et récoltons ensemble ».
La question de la qualité, longtemps point faible de la filière, connaît aussi des progrès.
« Le problème du sable est résolu. Nous tamisons nous-mêmes le fonio avant de le vendre », assure Akouvi.
Une culture résiliente et rentable
Dans la préfecture de Doufelgou, Patate Anayao, producteur, confirme l’intérêt croissant pour cette céréale : « Nos parents cultivaient déjà le fonio, mais aujourd’hui, nous avons compris qu’il peut nous rapporter beaucoup d’argent et nourrir nos familles ».
Avec une production annuelle d’environ sept tonnes, il mise sur une technique de culture échelonnée.
« Pour réussir, il faut faire plusieurs semis espacés de quelques semaines. Cela garantit une bonne récolte », détaille-t-il.
Autre atout majeur : la résilience face aux aléas climatiques. « Même avec deux ou trois pluies seulement, on peut récolter le fonio. C’est une culture rapide et adaptée aux changements climatiques », salue Anayao.
A en croire ce dernier, le calendrier agricole a toutefois évolué : « Avant, on semait en mai. Aujourd’hui, avec les changements climatiques, on commence plutôt en juin jusqu’en août ».

Le fonio togolais commence même à franchir les frontières, mentionne ce producteur venu de Doufelgou : « Nous exportons vers le Bénin, le Burkina Faso et même l’Allemagne ».
Entre innovation variétale, transformation industrielle et mobilisation des producteurs, le fonio s’impose progressivement comme une céréale stratégique.
Reste désormais à relever un défi de taille : changer les habitudes alimentaires pour faire du fonio un produit du quotidien.
Comme le résume Estelle Bayala : « Nous devons travailler main dans la main pour que le fonio retrouve toute sa place dans nos cuisines et dans nos vies ». FIN
Bernadette AYIBE