Maire de la Commune de Doufelgou 2, Mme Touni KOUBONOU ATIOTA a été élue récemment à la tête de la Faîtière des Communes du Togo (FCT).
Femme politique et haute fonctionnaire togolaise, elle est également engagée dans la promotion du leadership féminin au niveau local.
Quelles sont ses priorités à la tête de la FCT ? Qu’est-ce qui l’a motivée à s’engager en politique ?Quelle est la place des femmes dans la gouvernance locale au Togo ? etc. … Autant de questions posées à Mme Touni KOUBONOU ATIOTA dans une interview accordée à l’Agence Savoir News.
Savoir News : Bonjour Madame. Présentez-vous brièvement à nos lecteurs
Bonjour, je vous remercie pour votre invitation : je suis Touni KOUBONOU épse ATIOTA, Maire de la Commune de Doufelgou 2 depuis 2019, Présidente du Réseau des Femmes Elues Locales d’Afrique (REFELA) branche Togo, Trésorière Générale Adjointe de la Faîtière des Communes du Togo (FCT) dans le bureau sortant et récemment élue Présidente de la FCT.Femme politique par conviction, je suis économiste de formation.
Maire de la commune Doufelgou 2, vous a été élue à la tête la Faîtière des communes du Togo (FCT) à l’issue de l’Assemblée générale tenue le 6 mars 2026 à Kara. Que représente pour vous cette élection ? Et quelles sont vos priorités à la tête de cette Institution ?
• Mon élection à la tête de la FCT représente avant tout une confiance de plus en plus accrue de Son Excellence Monsieur Faure Essozimna GNASSINGBÉ, Président du Conseil à l’endroit et en faveur des femmes dont les compétences sont de plus en plus reconnues et valorisées. Je voudrais ici lui rendre hommage et lui assurer de ma détermination à œuvrer à la consolidation de la démocratie locale et participative.
• Mon élection représente à tous égards une marque de confiance que m’ont accordée mes pairs, les maires, élus locaux de notre pays.
• Elle traduit la reconnaissance d’un engagement constant au service du développement local et de la gouvernance de proximité. C’est également une responsabilité majeure.
• Être présidente de la FCT, c’est porter la voix de toutes les communes du Togo, défendre leurs intérêts et œuvrer pour un renforcement réel de la décentralisation.
• C’est un rôle d’écoute, de coordination et de plaidoyer auprès de l’Etat, des organisations de la société civile et des partenaires nationaux et internationaux.
• Cette élection est aussi pour moi un symbole fort : celui du leadership féminin dans la gouvernance locale. Elle envoie un message d’espoir à toutes les femmes, en particulier aux élues locales en montrant que les responsabilités les plus élevées sont accessibles et que leur contribution est essentielle au développement de nos territoires.
• Enfin, je vois cette fonction comme une opportunité stratégique pour impulser des initiatives concrètes, notamment en faveur :
– du développement économique des collectivités
– du renforcement des capacités des élus locaux et des administrations communales
– et de la promotion des droits des femmes et des enfants.
Mes priorités à la tête de cette institution sont :
• Renforcer l’unité et la crédibilité de la FCT en rassemblant toutes les communes autour d’une vision commune : Instaurer une gouvernance transparente et inclusive puis améliorer la communication interne et structurer le fonctionnement avec une feuille de route claire.
• Défendre efficacement les intérêts des communes à travers des plaidoyers forts auprès de l’Etat, améliorer les ressources financières des communes et veiller à une meilleure application des politiques de décentralisation
• Améliorer les capacités des maires et des équipes communales à travers des programmes de formation continue ; professionnaliser la gestion communale et encourager le partage d’expériences entre communes
• Faire de la FCT un levier de développement économique local ; identifier et promouvoir des projets structurants communaux ; appuyer les communes dans le montage et le financement de projets et valoriser les potentialités locales
• Promouvoir le leadership féminin et l’inclusion en encourageant la participation des femmes dans les instances locales, soutenir les initiatives économiques portées par les femmes et intégrer systématiquement la dimension genre dans les politiques communales
• Dynamiser la coopération décentralisée : consolider les partenariats existants ; rechercher de nouvelles coopérations techniques et financières puis assurer le suivi et l’impact réel des projets issus des partenariats
• Améliorer la visibilité et l’influence de la FCT en développant une stratégie de communication nationale et internationale, positionner la FCT dans les grands réseaux africains et internationaux et valoriser les réussites des communes togolaises
• Mobiliser l’ensemble des élus pour lutter efficacement contre l’extrémisme violent et promouvoir la Paix dans les territoires.

Qu’est-ce qui vous a motivée à vous engager en politique et à assumer des responsabilités aussi importantes au niveau local et national ?
• Mon engagement en politique n’est pas le fruit du hasard. Il est né d’une réalité vécue et d’un choix de responsabilité. J’ai grandi en observant des communautés pleines de potentiel mais confrontées à des difficultés profondes : un accès limité aux services essentiels, une faible valorisation des initiatives locales et surtout une absence de voix pour ceux qui vivent ces réalités au quotidien. A un moment donné je me suis posée une question simple : devrais-je rester spectatrice ou devenir actrice du changement ? j’ai choisi d’agir.
• Ce qui m’a motivée ; c’est avant tout la volonté d’être utile, de transformer les défis en opportunités concrètes pour nos populations.
• En tant qu’élue locale, j’ai compris que la politique ; lorsqu’elle est bien exercée, est un outil puissant de transformation sociale. Elle permet de rapprocher les décisions des citoyens et d’apporter des réponses adaptées aux réalités du terrain.
• Mais mon engagement est aussi profondément porté par une conviction : on ne peut pas parler de développement sans les femmes. J’ai vu des femmes porter des familles, soutenir des économies locales, faire preuve d’une résilience exceptionnelle et pourtant, restées en marge des décisions. Cela a renforcé en moi la détermination de faire de leur place dans la gouvernance une priorité, non pas comme une revendication mais comme une nécessité pour le développement.
Assumer aujourd’hui des responsabilités au niveau local et national, notamment à la tête de la FCT est pour moi une responsabilité collective. Ce n’est pas une position de confort, c’est une position d’engagement pour porter la voix des communes, pour renforcer la décentralisation et pour construire des politiques publiques qui partent des réalités locales.
Quelle est aujourd’hui la place des femmes dans la gouvernance locale au Togo ? Et comment la FCT peut-elle contribuer à renforcer leur participation ?
La place de la femme dans la gouvernance locale au Togo aujourd’hui est en progression, mais encore insuffisante et inégale. Il faut analyser la situation avec lucidité : il y a des avancées réelles, mais aussi des limites structurelles et conjoncturelles importantes.
• Une présence réelle, mais encore minoritaire : au niveau local, les femmes représentent une faible proportion des élus locaux dont : 16 femmes maires, 23 adjointes aux maires et 174 conseillères municipales pour les élections de juillet 2025. Un total de 213 femmes élues sur 1527 conseillers municipaux soit 14%.
• Malgré ces chiffres, il y a une dynamique positive :
– émergence de nouvelles femmes maires parfois jeunes et issues du terrain,
– accès des femmes du secteur informel à des postes de maire en 2025,
– promotion du leadership féminin à travers des formations et des réseaux comme le REFELA,
– initiative internationale et nationale.
Une volonté politique et institutionnelle affirmée : l’Etat et les partenaires encouragent davantage la participation des femmes. Il existe des programmes pour augmenter le nombre de candidates ; intégration de l’approche genre dans la gouvernance locale, mobilisation d’acteurs pour renforcer leur participation. Il y a une reconnaissance officielle de l’importance des femmes dans la gouvernance.
La FCT doit faire en sorte que la place des femmes dans la gouvernance locale ne soit plus une exception, mais une norme. Elle ne doit pas seulement soutenir les femmes, elle doit structurer un système qui produit des femmes leaders.
Malgré des avancées, les femmes restent encore peu représentées dans les instances de décision au Togo. Selon vous, que faut-il changer pour encourager davantage de femmes à s’engager en politique ?
Ce qu’il faut changer pour encourager davantage de femmes à s’engager en politique est d’agir sur le système électoral. Tant que le système ne corrige pas les déséquilibres, les progrès resteront lents :
– Mettre en place les quotas obligatoires de femmes candidates
– Imposer la parité sur les listes électorales
– Conditionner la validation des listes au respect du genre
– Réformer les partis politiques. Ils sont les véritables portes d’entrée du pouvoir donc il faut garantir des investitures équitables, réserver des circonscriptions gagnables aux femmes, promouvoir les femmes dans les instances décisionnelles au niveau des partis politiques
– Lever la barrière financière, la politique coûte cher, c’est un frein majeur
– Créer un fonds de soutien aux candidatures féminines, réduire les cautions pour les femmes ; mettre en place des mécanismes de financement public ciblé en faveur des femmes candidates, renforcer l’application des lois, réviser le Code électoral, améliorer l’accès à la justice, réformer les pratiques coutumières, protéger les femmes engagées, réviser la charte des partis politiques en intégrant le Genre, renforcer les capacités des communautés sur le concept « Genre »,former les partis politiques sur le Genre, lutter contre les violences basées sur le genre et enfin autonomiser les femmes et promouvoir l’éducation de la jeune fille.
Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes filles et aux femmes togolaises qui aspirent à des postes de responsabilité ?
Aux jeunes filles et aux femmes togolaises je dirai formez-vous, engagez-vous et osez. Vous avez votre place dans les instances de décisions. Travaillez avec rigueur et ayez confiance en vos capacités. N’ayez pas peur des obstacles. Ils existent, mais ils ne doivent pas vous arrêter. Entourez-vous des personnes compétentes, créez des alliances et avancez avec détermination. Le Togo a besoin de vous.FIN
Propos recueillis par Junior AUREL





