
Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a nommé lundi un banquier et ancien ministre pour diriger le gouvernement, trois jours après le limogeage de son Premier ministre et ancien compagnon de route Ousmane Sonko.
Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô est un ancien de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (Bceao), présenté comme au fait des « arcanes économiques et financiers ».
Sa nomination a lieu alors que la situation financière du pays ouest-africain est plombée par son énorme dette, 132% du PIB, dont le traitement est un point de divergences entre le chef de l’Etat et son ex-chef de gouvernement.
Le président Faye souhaite discuter avec le Fonds monétaire intertional (FMI) d’un nouveau programme d’aide, le Premier ministre Sonko vante lui une approche souverainiste.
A leur arrivée au pouvoir en 2024, les nouvelles autorités avaient accusé le pouvoir de l’ex-président Sall d’avoir caché une partie de la dette, entraînant la suspension du programme d’aide du FMI de 1,8 milliard de dollars.
Les deux hommes se sont séparés après des mois de tensions.
Leurs divergences portent aussi sur le traitement des dossiers de justice. Plusieurs anciens responsables sous l’ex-président Macky Sall (2012-2024) sont accusés de mauvaise gestion et d’implication dans les violences politiques qui ont fait des dizaines de morts entre 2021 et 2024.
« Le Sénégal est un pays sûr et viable et entend le rester », a dit M. Lô, évoquant « la situation financière difficile » du pays, dans sa première déclaration lundi, après la lecture de son décret de nomination sur la télévision publique.
« Il ne s’agit pas d’un changement de cap mais de méthode », a-t-il ajouté, citant la droite et la transparence et « la souveraineté économique et culturelle » parmi les fondements de son action, autant de mantras en vogue sous M. Sonko.
Retour au Parlement
M. Lô est nommé à la veille de la réunion plénière de l’Assemblée nationale qui doit examiner mardi la « réintégration » au poste de député de M. Sonko.
Elu lors des législatives de novembre 2024, M. Sonko avait renoncé à son mandat pour rester chef de gouvernement.
Un membre du gouvernement peut redevenir député s’il quitte l’exécutif.
Dimanche, le président de l’Assemblée nationale El Malick Ndiaye, un fidèle de M. Sonko, a présenté sa démission, ouvrant la voie à l’élection au perchoir de l’ex-Premier ministre, leader du parti Pastef, fort de 130 députés sur 165.
Les députés sont convoqués mardi à 9 heures (locales et GMT) afin de voter la « réintégration du député Ousmane Sonko » et d’élire le prochain président de l’Assemblée nationale, selon un document officiel publié dimanche soir.
Un « coup d’Etat institutionnel » est en préparation avec ce « forcing que la majorité veut imposer », a dénoncé lundi la cheffe des députés de la principale coalition de l’opposition, Aïssata Tall Sall, lors d’une conférence de presse.
Empêché de se présenter à la présidentielle en raison d’une condamnation pour diffamation, M. Sonko avait désigné son bras droit, M. Faye, pour le remplacer dans la course mais des divergences sont apparues entre eux.
Avec une rhétorique panafricaniste, M. Sonko avait suscité l’engouement des jeunes Sénégalais, après des mois d’un bras de fer avec Macky Sall, président de 2012 à 2024.
Il avait violemment réprimé des manifestations contre la possibilité qu’il brigue un troisième mandat.
Source : Afp