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Aného : le projet ACF-AO clôturé après trois ans d’action pour la résilience des communautés dans quatre communes

Autorités locales, responsables d’organisations bénéficiaires et représentants des communautés se sont retrouvés jeudi à Aného, à environ 45 km à l’est de Lomé, pour marquer la fin de trois années d’intervention du projet « Action climatique féministe en Afrique de l’Ouest » (ACF-AO).

Mis en œuvre dans les communes des Lacs 1, Lacs 2, Lacs 4 et Vo 2 par INADES-Formation Togo, en partenariat avec Inter Pares et avec le financement d’Affaires mondiales Canada, le projet a touché 10 500 bénéficiaires directs, dont 78% de femmes, à travers des actions visant à renforcer la résilience climatique des communautés.

Venus des quatre communes bénéficiaires, les participants ont été nombreux à prendre part à la cérémonie de clôture, aux côtés des autorités administratives, préfectorales, communales et traditionnelles, des services techniques et des partenaires de mise en œuvre. La rencontre a été marquée par la présentation des résultats du projet, des témoignages de bénéficiaires, des échanges ainsi qu’une visite de stands d’exposition de produits agricoles promus dans le cadre de l’initiative.

Le projet ACF-AO s’est appuyé sur une approche participative visant à mieux cerner les réalités locales, les vulnérabilités climatiques, les enjeux liés aux écosystèmes et les besoins des communautés. Cette démarche a été suivie de séances de sensibilisation et de renforcement des capacités sur des thématiques telles que le genre, l’adaptation aux changements climatiques, le leadership, le plaidoyer, l’agroécologie, la biodiversité et la restauration des écosystèmes, afin de favoriser la transmission des connaissances au sein des communautés.

La table d’honneur, lors de la clôture du Projet

Les connaissances acquises ont ensuite été mises à profit dans des actions concrètes, notamment la restauration des mangroves et des forêts sacrées, le reboisement, la promotion de l’agroécologie, le recours aux solutions solaires et le développement d’activités économiques adaptées aux réalités locales. Le projet a également favorisé le dialogue entre les communautés, les organisations bénéficiaires, les autorités locales et les services techniques afin de mieux intégrer les priorités locales d’adaptation aux changements climatiques dans les décisions et les actions territoriales.

« La cérémonie de clôture de ce projet est une occasion pour nous de reconnaître que des changements sont possibles, quelles que soient les situations, les mentalités en place et les difficultés socio-économiques persistantes. Nous disposons de suffisamment de preuves, de résultats et de témoignages éloquents pour démontrer que ces changements sont possibles », a déclaré Iyatan Sabi, président du conseil d’administration d’INADES-Formation Togo.

« Depuis trois ans, INADES-Formation Togo et ses partenaires se sont employés à montrer qu’une autre voie est possible. Aujourd’hui, nous pouvons dire que les essais sont concluants et qu’il nous reste à transformer ces acquis en potentialités plus importantes », a-t-il ajouté.

Des résultats concrets pour l’environnement et les communautés

Sur le plan environnemental, le projet a permis de reboiser 27,5 hectares de cocotiers et 11 hectares de mangrove, avec un taux de survie d’environ 72 %. Il a également contribué à la protection de 30 hectares de bosquets sacrés, tandis que quatre plans de gestion ont été mis en œuvre.

En matière de renforcement des capacités, 2 478 personnes ont été formées à la participation des femmes et des jeunes aux instances de décision, tandis que 604 autres ont bénéficié d’un renforcement de leurs capacités en plaidoyer. Par ailleurs, 3 758 personnes ont été formées sur les politiques climatiques, la biodiversité et le genre, et 3 337 sensibilisées aux mesures d’adaptation et d’atténuation des changements climatiques.

Le projet a aussi soutenu les activités agricoles et les pratiques respectueuses de l’environnement à travers la réalisation de trois forages équipés de systèmes photovoltaïques destinés au maraîchage écologique, la construction de deux latrines Ecosan et la fourniture de 700 kits d’équipements et d’appuis techniques pour l’agroécologie, le maraîchage écologique et le reboisement.

Sur le plan économique, 89 groupes d’épargne et de crédit regroupant 2 270 membres, dont 1 877 femmes, ont été mis en place. Ces groupes ont mobilisé plus de 41,4 millions de FCFA d’épargne. Le projet a également contribué au renforcement des capacités de production, de transformation et de conservation des coopératives grâce à la mise à disposition de 26 presses et de neuf râpeuses à manioc, de 16 motos-tricycles, de 12 pirogues et de 19 congélateurs solaires. À ces équipements s’ajoutent 125 lampadaires solaires et 100 foyers améliorés.

« Après trois ans de mise en œuvre du projet ACF-AO, nous constatons que les impacts et la portée du projet sont bien réels. Les communautés participantes, les femmes et les jeunes impliqués ont démontré leur appropriation des techniques et des pratiques de restauration des écosystèmes, de transformation des ressources agricoles et de promotion de l’agroécologie. Ils ont également renforcé leurs capacités en matière de prise de parole et de plaidoyer », a indiqué Fernande Abanda, gestionnaire de programmes à Inter Pares.

Vue partielle de l’assistance

Elle a également souligné la dimension sous-régionale du projet, mis en œuvre au Sénégal, en Guinée-Bissau, au Togo et en Côte d’Ivoire, auprès de plus de 50.000 bénéficiaires confrontés aux effets des changements climatiques dans les zones côtières.

Des changements visibles dans les localités bénéficiaires

Sur le terrain, les changements sont notamment visibles à Ahalivémé, dans la commune des Lacs 4, où cinq hectares de mangrove ont été restaurés sur un site qui en était dépourvu.

Des règles communautaires ont également été mises en place pour protéger cet écosystème. À Zalivé, dans la commune des Lacs 1, la rive du lac Zowla, autrefois utilisée comme dépotoir, a été réaménagée en un espace baptisé « Totognoin », désormais consacré aux rencontres et aux activités communautaires.

À Aklakou, dans la commune des Lacs 2, la coopérative MOKPOKPO a amélioré ses activités grâce à un tricycle mis à sa disposition dans le cadre du projet. Elle a également pu acquérir un terrain destiné à accueillir une future unité de transformation de gari.

Des bénéficiaires témoignent des changements apportés par le projet

Au-delà des réalisations matérielles, le projet a contribué à renforcer la confiance en soi de certaines bénéficiaires et leurs capacités à participer à la vie publique. Afiwa Ayakponou, présidente du Comité féminin local de la commune des Lacs 4, témoigne de l’évolution qu’elle a connue grâce aux formations reçues en leadership féminin, en communication, en plaidoyer et en animation de réunions.

« Grâce aux formations que j’ai suivies, j’ai pris conscience des enjeux liés à la participation des femmes aux instances de prise de décision dans nos communautés. Autrefois, j’éprouvais de grandes difficultés à m’exprimer en public. Aujourd’hui, grâce aux techniques acquises, je suis capable de prendre la parole devant un large public avec assurance et de transmettre efficacement mes messages », a-t-elle confié.

Cette confiance retrouvée l’a encouragée à se présenter aux dernières élections municipales. Bien qu’elle n’ait pas été élue, elle considère cette expérience comme une occasion d’apprentissage et de renforcement de ses capacités, en vue des prochaines échéances électorales.

L’accompagnement du projet a également eu des retombées sur les activités économiques de certaines bénéficiaires. C’est le cas de Yaovi Awolou, membre de la coopérative Minodou et productrice d’huile de palme à Assagba-Kopé, qui explique avoir amélioré ses pratiques de commercialisation grâce aux conseils et aux formations reçus auprès d’INADES-Formation Togo.

« Avant l’accompagnement du projet, je vendais mon huile en vrac, comme la plupart des productrices. Le litre était vendu à 700 FCFA, ce qui me permettait difficilement de dégager une marge satisfaisante. Grâce aux conseils et aux formations, notamment sur le leadership féminin et la valorisation des produits locaux, j’ai compris l’importance d’améliorer la présentation de mon produit. Ma participation à la foire SIALO a également été déterminante. J’y ai rencontré d’autres femmes transformatrices et découvert de nouvelles pratiques de présentation et de commercialisation », a-t-elle expliqué.

Les effets de cet accompagnement se traduisent également dans ses relations avec la clientèle et l’écoulement de sa production.

« Je ne suis plus obligée de me déplacer systématiquement au marché pour écouler ma production. Je reçois directement des commandes de clients. Cette expérience a amélioré mes revenus et m’encourage à poursuivre dans cette voie », a-t-elle ajouté.

La pérennisation des acquis demeure désormais un enjeu majeur. Elle repose notamment sur l’appropriation des réalisations par les communautés, l’entretien des équipements mis à leur disposition, le suivi des écosystèmes restaurés et la transmission des connaissances acquises.

L’ancrage des initiatives auprès des collectivités territoriales et la recherche de nouveaux partenariats constituent également des leviers essentiels pour consolider les résultats obtenus et poursuivre les dynamiques engagées au-delà de la clôture du projet.

À travers le projet ACF-AO, INADES-Formation Togo et ses partenaires entendent ainsi contribuer durablement au renforcement de la résilience des communautés côtières face aux changements climatiques, en misant sur la participation citoyenne, la valorisation des ressources locales et l’autonomisation économique des populations, particulièrement des femmes. FIN

Chrystelle MENSAH

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