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A Agomé Glozou, quand le riz ne se vend pas, les rizicultrices ne se résignent pas (Storytelling)

À Agomé Glozou, sur les rives du Mono, des femmes se lèvent avant l’aube pour produire un riz qui depuis un moment, peine à trouver preneur. Principales actrices de cette filière agricole locale, elles portent à bout de bras leurs exploitations, assurent la subsistance des familles et font vivre l’économie. Entre dettes, incertitudes et chute des ventes, ces rizicultrices refusent pourtant de céder au découragement. À travers leur combat quotidien, se dessine une réalité : celle de femmes rurales confrontées à la fragilité des marchés et à la difficile préservation de leur autonomie économique.

Il est 6h du matin, houe et coupe-coupe dans une bassine sur la tête remplie de petites pierres faites à base de terre d’argile, Mme Kayi Dossou arrive dans son champ.

La cinquantaine, elle est rizicultrice depuis une dizaine d’années à Agomé Glozou petit village sur les rives du Mono, au sud-est du Togo (environ 70 km au nord-est de Lomé). Kayi fait partie de celles qui ne se découragent pas facilement. Malgré les difficultés liées à la filière, elles renforcent leur résilience et gardent l’espoir de meilleurs jours.

« J’ai commencé la riziculture depuis 2010 après des séances successives de formation dans notre village et la mise à disposition de terres exploitables. A nos débuts, les semences nous étaient offertes gratuitement et c’étaient des variétés très intéressantes qui s’écoulaient rapidement sur le marché. A Agomé Glozou, le riz a eu ses moments de gloire… », se souvient-elle, déplorant les récentes difficultés.

« Il y a une série d’évènements qui se sont succédés et qui m’ont causé beaucoup de perte. Depuis un certain temps, nous ne retrouvons plus les mêmes semences. C’est de nouvelles variétés qui sont disponibles et parfois même plus chères. Aujourd’hui notre riz ne se vend plus comme il y a quelques années. Mais je n’entends pas baisser les bras », dit-elle.

Comme dans de nombreuses communautés rurales, la riziculture à Agomé Glozou repose largement sur le travail des femmes, qui assument à la fois les responsabilités agricoles et une grande partie des charges familiales.

Le riz se produit mais l’argent ne rentre pas

Mme Kayi Dossou explique qu’une campagne agricole réussie, c’est le fruit de plusieurs efforts consentis par les rizicultrices d’Agomé Glozou : la préparation du terrain avec la location des machines adaptées, l’achat des semences et engrais, les produits phytosanitaires, la main d’œuvre, le transport des récoltes, le stockage. C’est également la période où elles ont recours à des tontines, des microcrédits ou des emprunts informels. Malgré ces dépenses, le riz se vendait bien et les rizicultrices parvenaient à subvenir aux besoins de leurs familles.

« Dès que la récolte est prête, nous avions des acheteurs qui venaient de partout et nous achetaient le riz sans trop de tracasseries. Nous étions directement payées ce qui nous aidait à amortir aussi les dépenses en semences, engrais et les personnes que nous employons dans nos champs avant de penser à nous-mêmes. Aujourd’hui, non seulement les acheteurs sont rares, mais ceux qui viennent achètent le riz à crédit et nous disent qu’ils vont finir de vendre avant de nous payer… », déplore-t-elle.

Elle chasse les oiseaux dans les champs rizicoles

« Nous trainons des dettes un peu partout. Un de mes employés m’a même convoqué à la gendarmerie parce qu’il pense que j’ai de quoi le payer mais que je refuse de le faire. La situation est vraiment compliquée pour nous », a laissé entendre Mme Dossou.

« Moi je n’ai même pas encore trouvé d’acheteur pour ma précédente récolte et du coup, je n’ai même pas pensé à semer pour la nouvelle campagne qui a déjà démarré. De toutes les façons, je n’ai pas les moyens de le faire. Chaque jour représente des dépenses supplémentaires avec les besoins familiaux qui s’y ajoutent et au final, on perd plus qu’on ne gagne et quand le riz ne se vend pas, c’est toute la maison qui le ressent », déplore une autre rizicultrice, visiblement abattue par la situation.

En effet, lorsque les ventes ralentissent, les conséquences dépassent le cadre de l’exploitation agricole : ce sont aussi les dépenses liées à l’alimentation, à la santé et à la scolarisation des enfants qui se retrouvent directement affectées.

Le travail des femmes derrière chaque sac de riz

A Agomé Glozou et plus particulièrement dans les champs visités, la riziculture est majoritairement exercée par des femmes. Celles qui n’ont pas assez de moyens pour s’y lancer se positionnent sur d’autres volets de cette chaîne de valeur, devenant ainsi une main d’œuvre assez forte pour les autres. Elles reconnaissent toutefois que ce n’est pas un travail de tout repos.

« Moi je ne suis pas rizicultrice, mais je chasse les oiseaux dans les champs rizicoles. D’aucuns se demanderont si c’est aussi un métier, mais je vous assure que s’en est un et tout le monde ne peut pas le faire. Crier, lancer des pierres pour chasser les oiseaux de 6h à 18h et être payé à 1500F par jour, je vous assure que vous ne tiendrai pas une semaine. Les soirs quand je rentre, je prends des comprimés pour tenir encore le lendemain. Je sais que je ne tiendrai pas longtemps mais je cherche le minimum pour commencer une autre activité », explique Jeannette, la vingtaine, rencontrée dans l’un des champs.

« Nous faisons appel aux chasseurs d’oiseaux pour protéger les récoltes lorsque les moyens manquent pour louer les filets et couvrir les champs parce qu’un champ de riz laissé sans protection est une bénédiction pour les oiseaux. Vous n’y retrouverez même pas une graine de riz », renchérit Mme Dossou.

Malgré tout, elles continuent mais diversifient leurs activités

Mais la voisine de Dame Dossou souligne que le véritable défi reste cette mévente, qui les prive de leur principale source de revenus, compromettant ainsi leur autonomie financière et leur capacité à investir pour les prochaines saisons.

Pour elles, cette mévente s’explique par le fait que, le riz importé domine parfois les préférences des consommateurs malgré les nombreuses actions de sensibilisation autour des productions locales. Les rizicultrices se voient obligées de brader leurs stocks parfois à perte. Ces risques financiers répétés, amènent certaines femmes à associer d’autres cultures.

C’est le cas de « Grand Maman », qui s’attèle à la culture de la Corète potagère, communément appelée « Adémé », une culture jugée moins risquée par l’une des aînées de la coopérative des rizicultrices d’Agomé Glozou.

Grand maman

« L’agriculture, c’est toute ma vie. J’ai donc commencé au fil des années, par réserver une partie de mon champ à la culture d’adémé pour joindre les deux bouts quand le riz ne se vend pas. Adémé est plus rentable et ne nécessite pas beaucoup de moyen. On nous avait entre-temps vanté les mérites du Curcuma, et promis des acheteurs, mais ils ne sont jamais arrivés… « , déclare-t-elle.

Dame Dossou qui l’a compris très tôt, associe à la culture du riz, la vente d’huile de palme et la poterie, des activités qui lui permettent de renforcer la caisse familiale.

« Ce sont les moyens par lesquels j’arrive aujourd’hui à m’en sortir. Avec un bol de noix de palme, je produis de l’huile rouge que je vends rapidement au marché. Je fais aussi de la poterie par moment, vu que notre terre est argileuse. J’ai progressivement appris ce métier, en regardant faire les spécialistes. Aujourd’hui les gens me sollicitent et je leur implante même de gros vases à la maison. Je survis parfois grâce à ces activités », explique Kayi.

« Moi je cultive un peu de maïs dans le champ de mon époux pour éviter d’aller en acheter. Quand le riz ne se vend pas, je peux au moins récolter du maïs même si c’est en faible quantité », ironise une autre rizicultrice.

Face à la mévente partielle ou totale de leurs récoltes, les rizicultrices d’Agomé Glozou ne baissent pas les bras, elles survivent autrement.

Derrière chaque sac de riz invendu, se cachent des femmes qui luttent pour préserver leur autonomie économique, nourrir leurs familles et maintenir en vie une activité essentielle à leur communauté. Dans l’ombre des champs, elles portent une part importante de la sécurité alimentaire locale tout en faisant preuve d’une remarquable capacité d’adaptation face aux difficultés.

Ce dossier a été réalisé dans le cadre du programme « Ambassadrices Genre dans les Médias », mis en œuvre par l’Association Ekina, avec l’appui du Fonds Pananetugri dans le cadre du projet « Comprendre et défendre les droits des femmes dans les médias au Togo »

YIBOKOU-MENSAH A

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