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Tribune ONU : « Le Togo a fait du dialogue et de la diplomatie préventive les piliers de sa politique étrangère » (Robert Dussey)

Robert Dussey, lors de son intervention

« Le Togo a fait du dialogue et de la diplomatie préventive les piliers de sa politique étrangère », a déclaré vendredi le ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration régionale et des Togolais de l’extérieur, Robert Dussey, à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies.

« Dans notre sous-région ouest-africaine comme à l’échelle du continent, mon pays œuvre sans relâche pour la médiation, la stabilité et le règlement pacifique des différends », a indiqué le chef de la diplomatie togolaise, réaffirmant l’attachement du Togo à la recherche de solutions politiques et diplomatiques aux crises qui affectent le continent.

Pour Robert Dussey, les réponses aux crises africaines doivent tenir compte des réalités locales et souveraines.

« Aucune solution durable ne peut être imposée de l’extérieur sans une écoute attentive des réalités locales et souveraines », a-t-il souligné, appelant à reconnaître, accompagner et soutenir les efforts engagés par les pays africains eux-mêmes.

Le ministre a, par ailleurs, établi un lien entre les vulnérabilités économiques et climatiques, les fragilités sécuritaires et les tensions susceptibles d’en découler.

Il a ainsi plaidé pour une approche qui associe les questions de développement, de paix et de sécurité, estimant que la sécurité durable ne saurait être réduite à sa seule dimension militaire.

L’INTEGRALITE DU DISCOURS

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  81e SESSION ORDINAIRE DE L’ASSEMBLEE GENERALE DES NATIONS UNIES

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DEBAT GENERAL

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THEME : Restaurer la confiance, gérer la transformation : une organisation des nations unies au service de tous

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 DECLARATION DE S.E. PROF. ROBERT DUSSEY, MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES, DE LA COOPERATION, DE L’INTEGRATION AFRICAINE, ET DES TOGOLAIS DE L’EXTERIEUR

Excellences, Mesdames et Messieurs les Chefs d’Etats et de Gouvernement,

Monsieur le Président de l’assemblée générale,

Monsieur le Secrétaire général,

Mesdames et Messieurs les chefs de délégation,

Mesdames et Messieurs,

Au nom du Président du Conseil, S.E.M. Faure Essozimna GNASSINGBE, du gouvernement et du peuple togolais, permettez-moi, Monsieur le Président, Dr. Khalilur RAHMAN, de vous adresser mes chaleureuses et sincères félicitations pour votre élection à la présidence de la présente session de l’Assemblée générale.

Le Togo se réjouit du choix porté sur votre personne et est convaincu que sous votre conduite, l’Assemblée générale saura demeurer un espace privilégié de dialogue, de recherche du consensus et de promotion de solutions collectives aux défis auxquels la communauté internationale est confrontée.

A vous, Monsieur le Secrétaire général António GUTERRES, j’exprime la profonde reconnaissance du Togo pour votre engagement inlassable au service de la paix, de la sécurité, de la solidarité et du développement durable.

A l’heure où vous vous apprêtez à achever votre mandat, le Togo tient à vous rendre un hommage particulier pour ces années de dévouement, de courage, d’écoute et de service consacrées à la défense des idéaux des Nations Unies et à la réforme de notre organisation. Nous formons le voeu que l’héritage de votre action continue d’inspirer notre organisation et de guider celles et ceux qui auront la responsabilité de poursuivre votre oeuvre. Nous vous souhaitons, pour l’avenir, plein succès dans vos engagements futurs.

Monsieur le Président,

Le thème de cette session appelle donc une double exigence : la lucidité du diagnostic et la force de l’engagement. Lucidité, parce que nous ne pouvons plus apporter des réponses insuffisantes aux défis qui traversent notre système international. Engagement, parce que constater les limites du multilatéralisme ne doit jamais conduire à y renoncer.

Nous avons besoin d’encore plus de multilatéralisme et d’encore plus d’ONU : une ONU plus forte dans la défense de ses principes, plus efficace dans la prévention et le règlement pacifique des différends, plus représentative dans ses structures de décision et plus proche des réalités des peuples.

Le monde a besoin d’une ONU qui renforce et rétablit la confiance ; une ONU qui écoute sans se détourner des préoccupations de ceux qu’elle sert ; qui décide sans perdre de vue ceux pour lesquels elle agit ; qui promet sans oublier qu’elle doit tenir ses promesses.

Monsieur le Président,

La confiance internationale ne peut être restaurée par les discours seuls. Elle se construit par le respect des règles communes, en l’occurrence le droit international.

Malheureusement, nous assistons à l’aggravation des tensions géopolitiques et au retour préoccupant de la guerre au coeur des relations internationales. Les violations du droit international et de la Charte des Nations unies se multiplient, et la faiblesse de nos réactions s’apparente à une forme de tolérance dont nous semblons nous accommoder.

Face à cette situation, le Togo réaffirme une conviction fondamentale : le droit international n’est pas un obstacle à la puissance ; il en garantit la légitimité, la prévisibilité et la stabilité. Il protège les États les plus vulnérables et sert également les intérêts durables des plus puissants, en prévenant les affrontements incontrôlés, en sécurisant les échanges et en instaurant la confiance.

Le Togo défend ainsi un multilatéralisme pragmatique, qui transforme les engagements en résultats, encadre les rapports de force par des règles communes et organise la coexistence pacifique des intérêts.

Monsieur le Président,

Le Togo soutient les efforts engagés dans le cadre de l’initiative ONU 80 pour améliorer l’efficacité, la cohérence et la redevabilité de l’Organisation.

Nous devons penser l’ONU de demain à partir des réalités d’aujourd’hui et des enseignements d’hier, tout en agissant dès maintenant pour qu’elle soit en mesure de répondre à ses défis. Cette ambition exige avant tout de donner pleinement effet aux engagements que nous avons déjà pris.

Monsieur le Président,

Les vulnérabilités économiques et climatiques entraînent des conséquences sur la stabilité et la sécurité. En Afrique, elles se conjuguent à des fragilités sécuritaires persistantes et peuvent nourrir des tensions et des conflits. C’est pourquoi les questions de développement, de paix et de sécurité doivent être appréhendées de manière complémentaire et indissociable.

La sécurité durable ne peut être réduite à sa seule dimension militaire. Elle exige d’agir sur les facteurs de vulnérabilité et de privilégier les voies du dialogue, de la prévention et de la médiation.

C’est dans cet esprit que le Président du Conseil, S.E.M. Faure Essozimna GNASSINGBE, s’emploie à promouvoir le dialogue, à rapprocher les positions et à contribuer à la recherche de solutions politiques aux crises qui fragilisent les régions concernées. En Afrique de l’Ouest et dans le Sahel par exemple, notre pays oeuvre pour encourager les échanges et contribuer à l’émergence de réponses politiques durables. Dans les Grands Lacs, le Togo, dans le cadre de la médiation africaine, apporte également sa contribution en faveur de la désescalade, de la restauration de la confiance et de la recherche de réponses pérennes aux différends.

Ces initiatives traduisent une conviction : face aux crises, il faut préserver les espaces de dialogue et privilégier les voies politiques et diplomatiques. La médiation n’est pas une faiblesse ; elle est une expression de responsabilité.

Le Togo a fait du dialogue et de la diplomatie préventive les piliers de sa politique étrangère. Dans notre sous-région ouest-africaine comme à l’échelle du continent, mon pays oeuvre sans relâche pour la médiation, la stabilité et le règlement pacifique des différends. Nous sommes convaincus qu’aucune solution durable ne peut être imposée de l’extérieur sans une écoute attentive des réalités locales et souveraines. L’Afrique ne demande pas que l’on agisse à sa place ; elle demande que ses efforts soient reconnus, accompagnés et soutenus.

Monsieur le Président,

Le 26 septembre 2025, presque un an jour pour jour, j’ai interpellé, ici-même devant cette auguste Assemblée générale, la conscience universelle sur la distorsion cartographique mondiale, qui rétrécit maladroitement la taille de l’Afrique sur la carte du monde et dans l’imaginaire collectif mondial.

Il y a quelques jours à peine, précisément le 4 septembre 2026, dans cette même enceinte ; l’interpellation du Togo a été entendue et une réforme de la cartographie mondiale adoptée. La communauté internationale a posé un acte historique en adoptant, à une très large majorité de 164 voix, la résolution A/80/L.104 intitulée « Correct the Map ».

Le Togo se félicite de l’adoption, de la résolution Correct the Map. Cette décision consacre une exigence simple : représenter le monde sur la base de la vérité scientifique et dans le respect de l’égale dignité des peuples.

Corriger la carte, ce n’est pas seulement rectifier une distorsion géographique ; c’est corriger les perceptions qu’elle entretient, notamment dans l’éducation, l’information et l’action publique.

C’est : corriger la carte du monde au nom de la vérité scientifique, au nom de la responsabilité face à l’histoire, au nom de la justice et de l’équité, et au nom de la réparation des distorsions cartographiques héritées du passé.

Pour nous africains, cette Résolution dont l’adoption a irradié la terre entière et fait vibrer à l’union l’ensemble de la planète est un acte réparation, qui a restitué aux masses continentales leurs tailles réelles dans l’imaginaire collectif de l’humanité.

Le Togo entend compter sur la même mobilisation des Etats membres, de l’Organisation des Nations unies et de ses agences, des organisations régionales et des plateformes technologiques pour la traduction de la Résolution en actes concrets.

L’une des leçons que je nous invite à tirer de l’adoption de la Résolution « Correct the Map » : À chaque fois que le bon sens guide nos pas ici aux Nations unies, il est en notre capacité de nous accorder sur l’essentiel.

À chaque fois qu’une erreur du passé est corrigée, c’est l’humanité qui gagne en lucidité, en justice, en équilibre et en progrès. Notre humanité progresse en se dépouillant de ses erreurs passées comme nous l’avions fait avec l’adoption de la nouvelle cartographie mondiale. Le Togo invite les Nations unies et les Etats membres à donner pleinement effet à cette résolution afin que l’Afrique soit enfin représentée dans ses véritables proportions et reconnue à la juste mesure de sa place dans le monde.

A la vérité, « Une carte plus juste ne redessine pas les frontières du monde, elle transforme le regard que nous portons sur lui ».

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

L’adoption de cette résolution n’est toutefois pas la fin de notre démarche.

Elle en est le commencement. Le Togo souhaite désormais passer de la résolution à l’action.

Nous proposons donc que s’ouvre une nouvelle phase de coopération internationale associant :

les États membres des Nations Unies,  l’UNESCO,  les institutions scientifiques et universitaires,

les géographes et cartographes, les historiens, les éducateurs, les jeunes, ainsi que les acteurs des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle.

Notre objectif est simple : faire de la cartographie un instrument encore plus puissant de connaissance, d’éducation, d’inclusion et de compréhension entre les peuples.

Nous souhaitons encourager la recherche, développer des outils pédagogiques, soutenir la production de nouvelles données et favoriser un dialogue international sur les représentations cartographiques utilisées dans l’éducation et dans les espaces numériques.

Excellences,

Le monde numérique donne aujourd’hui à cette question une dimension nouvelle.

Des milliards de personnes consultent quotidiennement des cartes sur leurs téléphones, leurs ordinateurs et leurs plateformes numériques.

Des enfants apprennent le monde à travers des cartes numériques.

Des entreprises prennent des décisions à partir de données géographiques.

Des systèmes d’intelligence artificielle interprètent notre planète à partir de données cartographiques.

Le Togo appelle à une coopération nouvelle entre diplomatie, science, éducation et technologie.

Mesdames et Messieurs,

Nous voulons également que Correct the Map devienne une initiative de dialogue entre les générations.

Nous voulons donner aux jeunes la possibilité de regarder la planète avec un regard nouveau.

Nous voulons que les écoles, les universités et les institutions de recherche puissent participer à cette réflexion.

Nous voulons que les cartographes africains, mais aussi ceux d’Europe, d’Asie, des Amériques, du monde arabe, du Pacifique et de toutes les régions du monde, puissent contribuer à cette conversation.

Parce que le monde appartient à tous.

Et parce que sa représentation doit pouvoir être discutée par tous.

Excellences,

Le Togo lance donc aujourd’hui un appel.

Un appel à tous les États membres.

Un appel aux organisations internationales.

Un appel à la communauté scientifique.

Un appel aux éducateurs.

Un appel aux innovateurs.

Un appel à la jeunesse.

Faisons de Correct the Map un laboratoire international de réflexion sur la représentation du monde.

Transformons une résolution en programme de coopération.

Transformons une idée en connaissance.

Transformons la connaissance en éducation.

Et transformons l’éducation en compréhension entre les peuples.

Monsieur le Président,

Il y a plusieurs siècles, les cartes ont accompagné les grands voyages de découverte.

Aujourd’hui, elles doivent accompagner une autre aventure : celle d’un monde qui apprend à mieux se connaître lui-même.

C’est dans cet esprit que le Togo entend poursuivre son engagement.

Nous ne voulons pas simplement corriger une carte.

Nous voulons contribuer à corriger un regard.

Un regard parfois hérité du passé.

Un regard qui peut être enrichi par la science.

Un regard qui peut être rééquilibré par la connaissance.

Un regard qui doit permettre à chaque région du monde de se reconnaître dans la représentation de notre planète.

Excellences,

L’histoire retiendra qu’une résolution appelée « Correct the Map » a été adoptée le 04 septembre 2026

Mais nous souhaitons que l’histoire retienne surtout autre chose : qu’à partir de cette résolution, les Nations Unies ont ouvert un dialogue mondial sur la manière dont l’humanité se représente elle-même.

Le Togo est prêt à poursuivre ce dialogue.

Nous invitons tous les États membres à nous rejoindre.

Nous invitons les scientifiques à nous éclairer.

Nous invitons les éducateurs à nous accompagner.

Nous invitons la jeunesse à nous interpeller.

Et nous invitons les innovateurs à nous aider à construire les outils de demain.

Correct the Map n’est pas la fin d’une carte.

C’est le début d’une nouvelle manière de regarder le monde.

Je vous remercie.

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