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Sénégal : au moins quatre personnes inculpées pour « crime contre l’humanité » dans les violences politiques de 2021-2024

Au moins quatre personnes ont été inculpées mardi et mercredi pour « crime contre l’humanité » ou « complicité » de ce crime, une première pour des faits commis lors des troubles politiques au Sénégal entre 2021 et 2024, a appris l’AFP jeudi auprès de leurs avocats.

Le Sénégal a été secoué entre 2021 et 2024 par de violentes manifestations durement réprimées qui ont fait des dizaines de morts sous l’ex-président Macky Sall (2012-2024), alors engagé dans un bras de fer contre son opposant Ousmane Sonko, dont l’ex-bras droit Bassirou Diomaye Faye est devenu président.

La question de rendre justice aux victimes est une promesse de longue date du camp actuellement au pouvoir, en dépit d’une loi d’amnistie couvrant ces violences adoptée dans les dernières semaines de la présidence Sall, afin d’apaiser les tensions politiques.

Les quatre personnes inculpées sont accusées par Pape Abdoulaye Touré de faits de séquestration, d’enlèvement illégal, de torture et de violences qu’il affirme avoir subis en juin 2023.

Les chefs d’inculpation de « crime contre l’humanité » ou de « complicité » de ce crime retenus par les juges d’instruction permettent de contourner la loi d’amnistie qui couvre les violences politiques de cette période.

Ameth Tidiane Cissé, chef de la sécurité au Centre des œuvres universitaires de Dakar, et Djibril Gaye, agent de sécurité au même endroit, « sont poursuivis pour association de malfaiteurs, crime contre l’humanité et torture », a confirmé à l’AFP leur avocat, Taha Cissé. M. Gaye a été placé sous mandat de dépôt et M. Cissé a été placé sous contrôle judiciaire, a-t-il précisé.

Deux autres personnes, Amadou Guindo Traoré, placé sous contrôle judiciaire, et Djibril Diaw, assigné à résidence avec port du bracelet électronique, ont été inculpées pour « complicité de crime contre l’humanité commis sur la personne de Pape Abdoulaye Touré », a indiqué leur avocat, Yaya Dia.

« Mes clients ne sont mêlés ni de près ni de loin à cette affaire. Ils sont totalement étrangers aux faits qui leur sont reprochés. Ils contestent vigoureusement les faits », a déclaré M. Dia à l’AFP.

Plusieurs des mis en cause sont réputés proches de Pape Malick Ndour, ancien ministre de la Jeunesse sous Macky Sall.

« C’est une avancée timide et tardive, dont nous attendons désormais qu’elle se concrétise et ouvre la voie à un procès », a réagi auprès de l’AFP l’avocat du plaignant, le Français Juan Branco.

« Les autorités sénégalaises ont l’obligation de produire des résultats sur ces crimes », a poursuivi M. Branco.

« Tout en saluant ces deux procédures, Amnesty International restera vigilante et engagée aux côtés des victimes », a réagi auprès de l’AFP le directeur pour le Sénégal de l’ONG de défense des droits humains, Seydi Gassama.

Au moins 65 personnes avaient été tuées – dont 51 par balles, en grande majorité des jeunes – entre mars 2021 et février 2024 au Sénégal pendant des manifestations à l’appel de l’opposition, selon un bilan établi par un collectif réunissant des journalistes et des scientifiques. Nombre de jeunes avaient aussi été blessés ou placés en détention.

Des responsables parmi les nouvelles autorités avancent un nombre de victimes plus élevé, jusqu’à plus de 80 morts.

Source : Afp

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