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RDC : l’épidémie d’Ebola devient la plus meurtrière de l’histoire du pays

L’épidémie d’Ebola qui se propage à une vitesse inédite est devenue lundi la plus meurtrière de l’histoire de la République démocratique du Congo (RDC), dépassant en trois mois les 2.300 morts recensés lors de la flambée de 2018-2020.

L’épidémie « est la plus rapide jamais enregistrée » et « tue une personne toutes les 30 minutes », selon le chef des affaires humanitaires de l’ONU. Aucun vaccin ni traitement spécifique n’est pour l’instant disponible pour le variant Bundibugyo en cause dans l’épidémie.

La RDC a déclaré le 15 mai, avec plusieurs semaines de retard, sa 17e épidémie d’Ebola, dans des régions du nord et de l’est où la présence de l’Etat est fragile, les infrastructures de santé démunies, et la riposte dépassée par l’explosion des cas.

L’épidémie de 2018-2020 dans l’est de la RDC, considérée jusqu’alors comme la plus meurtrière de l’histoire du pays, avait fait 2.299 morts sur 3.381 cas confirmés, selon les chiffres de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), basés sur les données des autorités congolaises.

La flambée actuelle a fait 2.325 morts sur 4.945 cas confirmés, trois mois seulement après sa déclaration, selon le dernier bilan des autorités congolaises.

En trois mois, sept fois plus de cas et cinq fois plus de morts ont été recensés en RDC que lors des trois premiers mois de la plus importante épidémie d’Ebola de l’histoire, qui avait frappé l’Afrique de l’Ouest en 2014, selon l’agence de santé de l’Union africaine (Africa CDC).

La flambée actuelle s’est déjà étendue à six provinces de ce vaste pays d’Afrique centrale de plus de 100 millions d’habitants, où les flux de population échappent largement à la surveillance.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a indiqué mercredi qu’elle espère inverser la tendance à la hausse de l’épidémie d’Ebola en RDC d’ici trois mois.

– Défiance –

Partie de l’Ituri (nord-est), l’épidémie sévit désormais dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu (est), de la Tshopo et du Haut-Uélé (nord-est), ainsi que du Bas-Uélé (nord), en RDC.

L’Ouganda, pays voisin de la RDC, a enregistré 20 contaminations confirmées dont deux décès, et a annoncé mi-juillet ne compter plus aucun malade contaminé par le virus.

A Bunia, capitale de l’Ituri, épicentre de la flambée en RDC où près de 90% des cas ont été recensés depuis mi-mai, les mesures contre l’épidémie restent peu visibles, malgré l’urgence.

La mairie a ordonné aux commerçants d’installer des kits de lavage des mains devant leurs boutiques, mais les clients continuent de se presser en nombre dans les marchés, en faisant peu de cas des mesures barrières, a constaté un correspondant de l’AFP.

« L’engagement de la communauté dans la riposte reste encore trop faible », estime Mohamed Janabi, Directeur régional de l’OMS pour l’Afrique.

Selon lui, « plus de 70 % des personnes meurent dans la communauté », et non dans les centres de traitement (CTE).

Dans le territoire de Djugu, situé dans l’Ituri, « les gens préfèrent se faire soigner à la maison, pensant qu’il s’agit d’un empoisonnement ou d’autres pathologies », déplore Jean-Paul Malo Lotsima, responsable de la société civile locale.

« C’est souvent à la dernière minute, lorsque la famille constate que la situation s’aggrave, que les malades sont amenés à l’hôpital. Et parfois, ils meurent en cours de route », ajoute-t-il.

Flavier Ngurima, habitant de Nizi, l’un des principaux foyers de l’épidémie dans l’Ituri, a perdu son frère, décédé avant d’arriver au centre de traitement (CTE).

« Nous avions fait appel à une infirmière de la famille pour le soigner à la maison car le malade et les membres de la famille avaient peur d’aller au CTE. Ils disaient que là-bas, les gens meurent beaucoup », raconte-t-il.

– Riposte dépassée –

Une myriade de groupes armés sont actifs dans les régions touchées par l’épidémie, et compliquent encore l’accès aux communautés, selon les organisations humanitaires.

La riposte fait également l’objet de critiques pour sa lenteur et son manque d’organisation, malgré la mobilisation des organisations internationales.

Des personnels locaux, infirmiers ou responsables des enterrements sécurisés, particulièrement exposés, ont fait grève ou manifesté dans plusieurs hôpitaux de l’Ituri ces dernières semaines pour réclamer le paiement de leurs primes.

Le Conseil international des infirmières (CII), la plus importante organisation représentant la profession, a appelé vendredi les autorités congolaises à rémunérer et à protéger d’urgence ces soignants.

Sur les 518 millions de dollars (448 millions d’euros) nécessaires au plan commun de préparation et de riposte lancé début juin par l’Africa CDC et l’OMS face à l’épidémie, seuls 264 millions de dollars (228 millions d’euros) ont jusqu’ici été mobilisés, avait alerté mercredi l’OMS.

Ebola, qui se transmet par contact avec les fluides corporels et provoque une fièvre hémorragique, a tué plus de 15.000 personnes en Afrique au cours des 50 dernières années. Plusieurs vaccins sont à l’essai contre la souche du virus actuel.

Source : Afp

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