
Les luttes traditionnelles en pays kabyè
Déjà reconnu par l’UNESCO depuis 2004 à travers l’inscription du Koutammakou, le pays des Batammariba, sur la Liste du patrimoine mondial, le Togo ambitionne désormais de voir les Evala intégrer la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Cette démarche traduit la volonté des autorités togolaises de préserver et de promouvoir cette tradition initiatique, tout en renforçant la visibilité du patrimoine culturel national sur la scène internationale.
Une candidature portée par une volonté de sauvegarde et de rayonnement culturel
Portée au plus haut niveau de l’État, cette ambition s’inscrit dans une politique plus large de sauvegarde du patrimoine culturel. Les autorités entendent préserver l’authenticité des Evala et assurer leur transmission aux générations futures. Cette orientation se traduit notamment par l’examen, à l’Assemblée nationale, d’un projet de loi portant protection et promotion du patrimoine culturel national.
Au-delà de la reconnaissance internationale qu’elle représenterait, une inscription des Evala sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité offrirait une visibilité accrue au patrimoine togolais, encouragerait les échanges culturels et renforcerait l’attractivité ainsi que le rayonnement du Togo sur la scène internationale.
Cette candidature s’inscrit dans le cadre de la Convention de 2003 de l’UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Ce texte invite les États à identifier, protéger et promouvoir les pratiques culturelles vivantes ainsi que les savoir-faire, les rites et les traditions transmis de génération en génération, afin d’en assurer la pérennité.
« Les Evala sont une manifestation importante qui structure la vie sociale en pays kabyè. C’est un moment de transmission de valeurs à la fois identitaire, de courage et d’endurance. Au-delà des luttes traditionnelles, les Evala constituent un des éléments essentiels, emblématiques de notre patrimoine culturel national », a précisé Isaac Tchiakpè, ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts, rappelant la portée du texte adopté par l’Assemblée nationale.
« Dans cette dynamique inscrite par le président du Conseil, nous envisageons, au sortir de cette période des Evala, de lancer la démarche pour inscrire les Evala au patrimoine immatériel de l’UNESCO. Ce travail se fera avec l’aide des communautés », a-t-il précisé.
Des rites initiatiques devenus un symbole de l’identité culturelle togolaise
À l’origine, les Evala ne se réduisaient pas à un simple spectacle ou à une compétition sportive. Ils s’inscrivaient dans un véritable processus d’éducation et de formation du caractère.
La lutte traditionnelle, qui en constitue l’un des moments forts, représentait une étape parmi d’autres dans le parcours initiatique des jeunes garçons. Elle visait à développer non seulement la force physique, mais aussi le courage, la maîtrise de soi, la discipline et l’esprit de solidarité.
Au-delà de la recherche de la victoire ou de la désignation du plus fort, les Evala avaient pour ambition de préparer les jeunes à affronter les épreuves de l’existence et à assumer pleinement leur rôle au sein de la communauté.
Comme toute démarche initiatique, sous toutes les latitudes et dans toutes les sociétés, ils transmettent des valeurs destinées à accompagner l’individu dans son passage vers la maturité.
Au fil des générations, les Evala ont connu des transformations, sans pour autant perdre leur vocation première. Si leur dimension initiatique demeure intacte, ils se sont progressivement imposés comme un rendez-vous culturel majeur, capable de mobiliser des milliers de participants et d’attirer des visiteurs venus du Togo et de la diaspora.
Aujourd’hui, les Evala dépassent le cadre de la lutte traditionnelle pour devenir un véritable symbole d’identité culturelle, de transmission des valeurs entre générations et de cohésion sociale. Ils figurent ainsi parmi les manifestations les plus représentatives du patrimoine culturel immatériel du Togo, témoignant de la richesse et de la vitalité des traditions du pays.
De Kara, junior AUREL