Le Maroc devrait lui aussi rendre son titre de vainqueur de la CAN en 1976 ? C’est ce que réclament des centaines de publications sur les réseaux sociaux, qui affirment à tort que les footballeurs marocains auraient – comme les Sénégalais cette année – quitté le terrain lors de la finale qui les a sacrés champions d’Afrique il y a cinquante ans.
Cette infox s’est répandue comme une traînée de poudre sur la toile, surtout en Afrique, après la décision prise mi-mars par la Confédération africaine de retirer au Sénégal son titre de vainqueur de la CAN 2025.
L’instance dirigeante du football africain a jugé que le départ temporaire des joueurs sénégalais du terrain, en signe de protestation après deux décisions de l’arbitre, constituait un forfait pour la compétition. Elle a donc déclaré vainqueur le Maronc, leur adversaire dans cette finale.
En miroir de cette décision mal reçue sur le continent africain, de nombreux internautes affirment sur Facebook, TikTok ou X que l’équipe du Maroc aurait agi de même lors de la « finale » de la CAN 1976, après que son adversaire la Guinée a ouvert le score, sans être le moins du monde inquiétée.
« C’est en quittant le terrain et revenant jouer que le Maroc a remporté sa seule et unique CAN en 1976 », affirmait ainsi le 18 mars un post Facebook cumulant plus de 9.000 mentions « j’aime » et 1.600 partages. « On va ressortir les archives et finalement ils auront zéro CAN », réagit un internaute.
Certains posts avancent que leur adversaire de l’époque, la Guinée, aurait déposé un recours pour récupérer leur victoire « volée ».
Plusieurs médias sportifs ont aussi repris la fausse information, avant de la dépublier discrètement de leur site pour certains, ou bien de publier un erratum et des excuses pour d’autres.
Et pour cause : cette affirmation est totalement fausse, ont confirmé à l’AFP plusieurs sources de première main.
– « Aucun incident » –
Faute de captation intégrale du match consultable en ligne ou dans des archives accessibles, l’AFP s’est tournée vers des témoins de l’époque. Elle a joint Chérif Souleymane, ballon d’or africain en 1972 et auteur du seul but guinéen marqué lors de cette rencontre du 14 mars 1976.
L’homme de 82 ans est formel : ses adversaires marocains n’ont abandonné le terrain à aucun moment du match : « ce n’est pas vrai ! ». Même après qu’il a inscrit le premier but, cela n’a « suscité aucun incident », a-t-il affirmé à l’AFP. Et de conclure : « Ils ont gagné correctement, dans les règles de l’art ».
Un autre joueur guinéen de l’époque, Ismaël Sylla, a lui aussi affirmé le 20 mars sur TV5 Monde que tout ceci était « faux » et que « les Marocains [n’étaient] pas sortis du stade après le but de Souleymane Chérif ». « Le match s’est déroulé normalement », a assuré l’ancien milieu de terrain, âgé d’une vingtaine d’années à l’époque.
Par ailleurs, l’AFP n’a trouvé aucun article ou compte-rendu de cette finale évoquant une quelconque sortie de terrain de l’équipe marocaine.
Or, « si un tel événement s’était produit, il aurait marqué les esprits, on en aurait entendu parler », souligne auprès de l’AFP Saïd El Abadi, journaliste sportif et auteur du livre « Histoire du football africain ».
Pour préparer son ouvrage, qui contient notamment un chapitre sur les incidents marquants du football africain, il explique avoir fouillé dans nombre d’archives officielles, dont celles de la CAF et de la Fédération marocaine de Football. Là encore, « aucune » n’évoquait un tel incident.
– Démenti guinéen –
Cette fausse information trouve sa source dans un extrait – authentique – d’une émission de RFI (« Radio Foot ») diffusée le 30 janvier 2026 et souvent repris comme preuve dans les publications trompeuses. On y entend le consultant sportif Rémy Ngono affirmer effectivement haut et fort que les joueurs marocains auraient quitté le terrain en 1976.
À date de publication de cet article, M. Ngono n’avait pas répondu aux sollicitations de l’AFP sur l’origine de son affirmation.
L’infox a pris une telle proportion en Afrique qu’elle a poussé la Fédération guinéenne de football à réagir. Celle-ci a publié le 22 mars un démenti, dans lequel elle indique « n’avoir engagé aucune procédure, ni auprès du Tribunal arbitral du sport (TAS), ni auprès de la CAF » concernant la CAN 1976.
La Fédération rappelle d’ailleurs que cette CAN ne comportait pas de « finale classique », mais s’organisait en « mini-championnat », dont « le Maroc a terminé en tête », devant la Guinée.
Source : Afp





